Trois fois. C’est l’énergie supplémentaire qu’il faut mobiliser pour fabriquer une voiture à hydrogène comparée à un modèle électrique classique. Sur le papier, l’étiquette “zéro émission” colle bien à la voiture à hydrogène, mais la promesse s’effrite quand on observe le parcours de l’hydrogène, de sa production jusqu’au recyclage du véhicule. Tout dépend de l’origine de cet hydrogène : électrolyse avec de l’électricité renouvelable ou vaporeformage du gaz naturel, deux mondes aux résultats climatiques opposés.Dans certains pays, la quasi-totalité de l’hydrogène provient encore de sources fossiles. Cette réalité ébranle l’idée d’une mobilité totalement décarbonée.
Voitures à hydrogène et électriques : quelles différences fondamentales ?
Hydrogène ou batterie, la course à la mobilité bas carbone se joue sur deux terrains distincts. D’un côté, la voiture hydrogène intrigue par sa technologie, de l’autre, la voiture électrique s’impose dans le paysage urbain et périurbain. Mais derrière l’image « propre », ces deux solutions n’empruntent pas la même route.
Voici les différences majeures qui opposent ces deux technologies :
- Véhicule hydrogène : Ce modèle intègre une pile à combustible : l’hydrogène y est transformé en électricité pour alimenter le moteur. Aucune émission nocive à l’échappement, seulement de la vapeur d’eau. Mais cette prouesse exige un stockage complexe sous haute pression et des stations de recharge rares.
- Véhicule électrique : Ici, tout repose sur une batterie lithium-ion, que l’on recharge directement sur le réseau. Si le véhicule ne rejette rien en roulant, son impact carbone dépend fortement de la manière dont l’électricité est produite dans le pays où il circule.
L’hydrogène affiche une densité énergétique séduisante : faire le plein en quelques minutes, parcourir plus de 500 kilomètres sans contrainte. À l’inverse, la batterie impose des recharges plus longues et un surpoids qui joue sur l’autonomie, mais elle bénéficie d’un réseau déjà étendu et d’une technologie maîtrisée.
Le moteur thermique recule, mais la fracture entre hydrogène et batterie se creuse dans la chaîne énergétique. Produire, transporter, stocker l’hydrogène, tout cela engendre des pertes et des émissions. Quant à la voiture électrique, elle soulève la question pressante des matières premières et du recyclage des batteries. Ni solution miracle, ni épouvantail : chaque technologie cache ses propres angles morts, loin d’une équivalence simpliste.
Le parcours de l’hydrogène, du mode de production à l’usage en voiture
L’histoire de l’hydrogène commence bien avant d’atteindre la station-service. En France, l’essentiel de l’hydrogène industriel provient encore du vaporeformage du gaz naturel, une méthode énergivore qui libère de grandes quantités de CO2. La production dite “verte”, via électrolyse de l’eau alimentée par de l’électricité renouvelable, reste ultra-minoritaire : moins de 5 % à l’échelle mondiale, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Avant d’arriver dans la pile à combustible du véhicule, l’hydrogène passe par plusieurs étapes : purification, compression jusqu’à 700 bars, transport sous pression ou sous forme liquide, puis distribution à la borne. Chacune de ces étapes grignote de l’énergie et alourdit le bilan environnemental global.
Pour mieux comprendre les sources d’impact, détaillons les principales étapes du cycle de vie de l’hydrogène :
- Fabrication : émissions induites par le recours au gaz fossile ou par la consommation électrique de l’électrolyse.
- Distribution : pertes d’énergie liées au transport, stockage sous pression, refroidissement.
- Utilisation : La pile à combustible ne convertit qu’une partie de l’énergie stockée en électricité pour le moteur, le rendement plafonne autour de 60 %.
En clair, l’empreinte carbone de l’hydrogène fluctue selon le mode de production et le mix électrique mobilisé. L’image de la voiture à hydrogène « propre » se heurte ainsi à des réalités industrielles têtues. Derrière le silence du moteur, l’hydrogène traîne un passif énergétique et environnemental, encore loin d’être résolu.
Voiture à hydrogène ou électrique : quel bilan carbone réel ?
Comparer l’empreinte carbone d’une voiture à hydrogène et d’un modèle électrique, c’est accepter de regarder l’ensemble du cycle de vie. Pour l’électrique, c’est la fabrication, et surtout la batterie, qui pèse le plus. Pour l’hydrogène, tout dépend du procédé de production.
Les analyses de l’Ademe sont sans ambiguïté : une voiture électrique branchée sur le réseau français, où l’électricité est largement décarbonée, affiche jusqu’à trois fois moins d’émissions de gaz à effet de serre sur toute sa durée de vie qu’un véhicule thermique. À l’opposé, une voiture à hydrogène alimentée par de l’hydrogène « gris » issu de gaz naturel frôle le bilan carbone d’une essence ou d’un diesel.
Voici quelques repères pour situer les ordres de grandeur :
- Hydrogène “gris” : Jusqu’à 10 kg de CO2 pour chaque kilo d’hydrogène produit.
- Hydrogène “vert” : Bien moins d’émissions, mais cette alternative reste marginale dans la flotte actuelle.
- Batterie lithium : Pic de pollution lors de la fabrication, impact amorti sur la durée d’utilisation.
La source d’électricité, la durée de vie du véhicule et le mix énergétique du pays comptent autant que le simple kilométrage parcouru. L’empreinte carbone d’une voiture ne se résume pas à son usage, elle englobe l’extraction des matières premières, la fabrication, l’utilisation réelle et le recyclage. Résultat, la voiture à hydrogène dépend d’une chaîne industrielle encore marquée par les hydrocarbures, tandis que l’électrique profite déjà des atouts du contexte français.
Peut-on vraiment compter sur l’hydrogène pour une mobilité décarbonée ?
La mobilité durable s’impose comme cap, mais l’hydrogène peut-il réellement s’y inscrire ? Sur le terrain, la voiture à hydrogène promet autonomie et recharge express, ce qui séduit pour les longs trajets ou la logistique. Pourtant, dans les villes et autour, la voiture électrique à batterie occupe déjà le terrain, forte de réseaux de recharge et d’une technologie éprouvée.
En théorie, la voiture à hydrogène ne rejette que de la vapeur d’eau. En pratique, le parcours complet de l’hydrogène, de la production à la pompe, pèse lourdement sur la balance carbone : en Europe, 95 % de l’hydrogène utilisé naît encore du gaz fossile. La stratégie nationale anticipe un essor de l’hydrogène « vert », mais tout dépendra du déploiement massif d’infrastructures, de l’accès à une électricité renouvelable abondante et d’une baisse des coûts de production.
Pour éclairer la question, voici quelques paramètres clés à prendre en compte :
- La durée de vie du véhicule influe directement sur son bilan global.
- La fabrication d’une voiture électrique concentre la majorité de son impact initial.
- L’impact lié à l’utilisation dépend fortement du mix énergétique du pays.
Le rendement global de la filière hydrogène, de l’électrolyse jusqu’au moteur, reste loin derrière celui du tout-électrique. La route vers une mobilité vraiment décarbonée impose de regarder au-delà des slogans, de confronter les promesses aux usages réels et aux contraintes énergétiques. Entre avancées indéniables et obstacles persistants, la part de l’hydrogène dans les transports sera celle que la réalité technique et politique voudra bien lui accorder. L’équation reste ouverte, et chaque choix technologique pèse déjà sur le futur de nos déplacements.


