ED TEMPLETON : INTERVIEW
Né dans le comté d’Orange en Californie, Ed Templeton s’est d’abord fait un nom comme skateur professionnel avant de fonder sa compagnie Toy Machine. À 39 ans, il est aussi un artiste à part entière, photographe et peintre, exposant dans nombre de grands musées européens et américains. Son art se déroule sous les yeux à la façon d’un journal intime ultra vivant, et capture l’éphémère réalité humaine dans tous ses états, des plus touchants aux plus sombres. EDIT : Ceci est l’interview complète et non éditée parue dans la deuxième édition papier de Wow Magazine.
Born in California’s Orange County, Ed Templeton first made a name for himself as a professional skater, before setting up his skaterboarding company, Toy Machine. Aged 39, he is also a full-blown artist, a photographer and a painter, whose works are shown in many important museums in the US and Europe. His art unfolds under your eyes just like a super-lively secret diary, capturing the fleeting human reality in all its states, from the most touching to the darkest ones. EDIT : This is the full, not edited version of the interview of Ed Templeton, published in the second print issue of Wow Magazine.
- Emilie Lauriola
AU DEBUT/EARLY DAYS
Le monde du skateboard évolue à un rythme soutenu, et cela depuis bien avant que je ne le découvre. J’ai commencé à en faire au milieu des années 80, alors que la prédominance de la rampe (appelée “vert skate”, ndlr) s’éteignait et que le skate débarquait dans la rue (“street skate”, ndlr). Cette transition s’est faite en 5 petites années, à partir de 1990, et j’en ai d’ailleurs profité en passant pro cette année là. En 1995, même si faire du skate sur rampe n’était pas complètement “mort”, c’était clairement passé en retrait par rapport à la pratique dans la rue. Le freestyle a ensuite complètement disparu, même si en fait il s’est réincarné et mélangé au street skate. J’étais à Berlin il y a quelques mois et j’ai vu un artiste de rue avec une planche, en train de faire du freestyle pour de l’argent. C’était assez bizarre. Le côté business du skateboard a complètement explosé. Des compagnies énormes se sont engouffrées là-dedans, des chaînes de télévision incluent des émissions de skate dans leurs programmes pour pouvoir vendre de la pub et des skateurs participent à la plupart de ces publicités. Les gens ont découvert qu’on peut facilement acheter des planches en Chine et commencer sa propre boîte ou bien mettre le logo de sa boutique dessus. Tout ça a énormément changé notre business.
J’ai monté Toy Machine parce que j’ai pensé au futur. Je savais bien que je ne serai plus pro à la quarantaine, et que si je voulais toujours faire partie de ce milieu, le meilleur moyen était de monter ma propre boîte. C’était en 1993, un moment très difficile pour faire ça. Le monde du skate allait mal et il n’y avait pas d’argent. Rétrospectivement, c’est probablement pour ça que ça a marché, il y avait moins de compétition au départ.
Skateboarding has been evolving at a brisk pace since before I ever discovered it. I started in the mid-80′s and it was transitioning from vert dominance to street. By 1990, 5 quick years, I watched that happen and benefited from it by going pro in 1990 too. By 1995, though vert has never been “dead,” it clearly took a backseat to street. Freestyle skating disappeared completely, although really it was reincarnated or mixed into street skating. I was in Berlin a few months ago and saw a street performer with a freestyle board doing freestyle moves for money. That was trip. The business side of skateboarding has certainly skyrocketed. Huge publicly traded corporations have bought into skating, TV stations have included skateboarding in their programming to sell advertisements and many of those advertisements have skateboarders in them. People discovered that you can easily get blank boards for cheap in China and start your own company or put your shop’s logo on them. That has changed our business a lot. I started Toy Machine because I was thinking ahead. I knew that I wouldn’t be pro skateboarding into my 40′s so if I wanted to be part of the thing I loved the most, the best way was to start a company. It was a tough time to start one, 1993. Skating had crashed and there was no money. In retrospect, that’s probably why it worked. Less competition at the beginning.
As-tu le souvenir d’un moment ou d’une impulsion qui t’aie donné envie de commencer la photographie? Can you remember a precise moment which made you feel like starting with photography and art?
C’est plutôt un ensemble de différentes choses qui se sont construites au fil de quelques années, de 1990 à 1994. Je passais beaucoup de temps avec différents photographes quand j’étais skateur pro et je regardais leur manière d’approcher les choses. Plusieurs d’entre ceux avec qui je traînais à ce moment là étaient des photographes connus comme Thomas Campbell, Miki Vuckovich, O, Christian Kline, Gabe Morford et Tobin Yelland. Ils ont commencé à m’apprendre comment utiliser convenablement un appareil photo. Ce fut un mélange entre le fait d’aller rendre visite à Tobin Yelland à San Francisco, de voir son univers et la manière dont il le prenait en photo ; combiné avec des bouquins que Thomas Campbell avait laissé chez moi, parmi lesquels une première édition du livre de Larry Clark “Teenage Lust”. Ces photos m’ont fait halluciner et réaliser que j’avais une réelle opportunité de photographier ce milieu auquel j’appartenais. J’avais pu voir Tobin le faire à San Francisco et moi aussi, je voulais photographier ma vie de skateur professionnel et ce qui allait avec. C’est à ce moment-là, vers 1994, que j’ai réalisé qu’il fallait que je prenne un peu plus au sérieux le fait de tout documenter avec un appareil photo. J’avais déjà commencé à peindre en 1990 après mon premier voyage en Europe. J’avais dessiné des images et d’autres choses avant, mais ce voyage m’avait fait me dire à moi-même que je deviendrais peintre.
For photography it was a combination of things that built up over a few years, from 1990 to 1994. I was around photographers all the time as a pro skater and I watched them with their cameras and how they approached things. I had some influential skate photographers to hang around with back then: Thomas Campbell, Miki Vuckovich, O, Christian Kline, Gabe Morford and Tobin Yelland. All these guys started teaching me about cameras and how to use one. It was a combination of visiting Tobin Yelland up in San Francisco and seeing his world and how he shot it, along with Thomas Campbell leaving some books at my house to watch for him, among them a first edition of Larry Clark’s “Teenage Lust”. Those photos blew my mind and made me realize that I was living an opportunity to shoot this world I was a part of. I saw Tobin shooting his scene in San Francisco, and I wanted to shoot my own life as a pro skateboarder and all that went along with it. It was then that I realized, around 1994, that I needed to get serious about carrying a camera and documenting everything. I had already started painting in 1990 after my first trip to Europe. I had drawn pictures and stuff before but that trip made me declare to myself that I would become a painter.
INFLUENCES
Je ne crois pas que je pourrais faire ça encore longtemps si je n’étais pas facilement enthousiasmé par n’importe quoi. Le vent qui soulève la jupe d’une fille et révèle ses sous-vêtements, la tête des gens en train de s’allumer une cigarette, ceux qui s’embrassent en public ou qui se maquillent, la manière dont ils se comportent et s’habillent, comment ils se voient et interagissent avec les autres. Plus je vieillis, plus je remarque toutes ces interactions, particulièrement chez les jeunes. Les jeunes se prennent fort au sérieux et ont des idées très précises sur la manière dont le monde fonctionne, ce qui les rend très drôles à observer. Je me souviens que lorsque j’avais 14 ans, je savais tout sur tout. Maintenant je ris en y repensant mais je me prenais tellement au sérieux à cette époque. J’aime beaucoup voir des gamins faire ça. Certaines personnes ne quittent jamais cet état d’ailleurs, et restent ainsi toute leur vie. C’est dommage mais les adultes sérieux et faussement importants, très soucieux de leur image et de leur comportement, sont les plus géniaux à observer. Voyager et regarder les gens, c’est ce que je préfère. J’aime partir, découvrir le monde et ensuite revenir dans la banlieue cosmopolite où j’habite. Ca me donne beaucoup à penser.
I don’t think I could continue on this many years if I wasn’t easily excitable. The wind flipping up a skirt for a flash of undies makes my day, people lighting cigarettes and the faces they make, people kissing in public or putting on makeup, the way people act and dress, how they see themselves and their interaction with the public. The older I get, the more I notice these interactions. Especially the youth. The youths are very specific and serious about how the world works and therefore very fun to watch interact with life. I know when I was 14 I had it all figured out. I knew everything. I can look back and laugh now, but I was so serious at the time. I love seeing kids in that state. Some people never leave that state and are like that their whole lives. Tragically, serious adults who are falsely self important and very in tune with how they present themselves to others, those are great people to watch. Travel and people-watching are my favorite things. I love going away to see the world and then coming back to this culturally challenged suburbia I live in. That gives me lots to think about.
Quels sont les autres artistes que tu admires ou dont tu te sens proche? What other artists do you admire or feel close to?
Je suis un grand fan de Chris Johanson et Barry McGee. J’ai toujours aimé David Hockney et les expressionnistes autrichiens, et je découvre Ed Ruscha et John Baldessari. J’ai la chance de connaître certains des artistes dont j’admire le travail : Christopher Garrett, Clare Rojas, Steve Powers, etc. Récemment j’ai commencé à m’intéresser plus attentivement à l’art religieux ancien, au début de la Renaissance et à des artistes comme Jan Van Eyck et Hans Holbein. J’ai une admiration sans fin pour n’importe qui pouvant créer une oeuvre d’art qui provoque en toi un temps d’arrêt. Je me sens plus proche de photographes cependant, comme Jim Goldberg ou Anders Petersen.
I am a huge fan of Chris Johanson and Barry McGee. I have always loved David Hockney and the Austrian Expressionists, and I’m starting to discover and love Ed Ruscha and John Baldessari. I feel very lucky to know some of the artists whose work I really love to look at : Christopher Garrett, Clare Rojas, Steve Powers, etc. But really I have been looking back to early religious art and the beginning of the Renaissance, guys like Jan Van Eyck and Hans Holbein. I have never-ending admiration for anyone who can create a piece of art that gives you pause. As far as feeling close, I feel closer to photographers, guys like Jim Goldberg or Anders Petersen.
ART & PHOTO

Quel est le sujet que tu préfères photographier et pourquoi? What is the subject you like shooting best, and why?
Les gens, toujours. Même les photos sans personnes portent en elles les cicatrices laissées par les gens. J’aime me balader, les observer et essayer de capturer secrètement certains moments. Mon sujet préféré ces derniers temps, c’est les gamins punks des banlieues.
People. It’s always been people. Even the photos without people in them have the scars people leave. I love walking around and looking at people and trying to secretly capture moments. Lately, my favorite subject is suburban punker kids.
A ce sujet la jeunesse est beaucoup représentée dans ton travail. Pourquoi cette préférence? Speaking of which, youth features prominently in your work. How would you explain this preference?
Je crois que c’est dû au fait d’être skateur. Je vieillis, j’ai 39 ans maintenant, mais les gamins autour de moi restent tous dans la tranche d’âge 15-25 ans. Je suis toujours entouré de jeunes et c’est sans doute la raison principale. La jeunesse est toujours en mouvement. Chaque génération a ses propres comportements, des groupes de gens qui écoutent la même musique, regardent les mêmes choses à la télévision et lisent les mêmes livres, mais ça fonctionne aujourd’hui en accéléré. Ce qui était auparavant un cycle de 4 ou 5 ans est maintenant réduit à un cycle d’un an ou moins, en changement constant, et qui va de plus en plus vite. Tout est sans cesse réinventé. La manière dont les jeunes réagissent et interagissent avec leur environnement et leurs groupes sociaux est hallucinante. Ils le portent sur eux et ça rend souvent la photo plus intéressante. Je me suis lié d’amitié et j’ai beaucoup discuté avec trois différents groupes de gamins punk, là où j’habite. Ils expriment tout ce qu’ils aiment dans la manière dont ils s’habillent. Rien qu’en regardant leurs coupes de cheveux, leurs t-shirts et leurs badges, je peux dire quelle musique ils écoutent et ce qu’ils aiment. Certains sont skinheads, d’autres sont plus tournés vers le punk So-cal (ndlr : de Californie du sud) du milieu des années 80. C’est une façon étrange de s’exprimer, comme avoir un autocollant sur ta voiture ou un tatouage. Bien sûr je devine que ce n’est qu’un truc de surface, mais personnellement je ne veux pas que qui que ce soit puisse savoir ce que j’aime ou ce que je fais. J’ai pris pas mal de photos de ces gamins. Ils sont encore tous au lycée. J’ai 30 ans de plus qu’eux, je ne sais même pas pourquoi ils veulent bien me parler!
I think it’s being a skateboarder. I age, I’m 39 now, but the kids around me stay in the 15 to 25 year old range. I’m always surrounded by youth. That’s probably the main reason. Youth is always in flux. We have these attitudinal generations with groups of people who generally listened to the same music, and watched the same TV, read the same books, but that has sped up. What used to be a four or five year cycle is only one year or less now, constantly changing and speeding up. Everything is always being reinvented. The way young people react and interface with their surroundings and social groups is amazing. They wear it on their sleeve, and that makes for a more interesting photo usually. I have befriended and been talking to 3 different groups of punk kids where I live. They express everything they like in the way they dress. I can tell by their hairstyles and t-shirts, and collection of patches what music they like, what worldview they subscribe to. Some are skinheads, others are into So-Cal punk from the mid-80′s. It’s a strange sort of advertising. Like having a bumper sticker on your car or a tattoo. I guess it’s just the surface, but I don’t want anyone knowing what I’m into. I have been shooting photos of these kids. They’re still all in high school and I’m 30 years older than them! I don’t know why they would even talk to me!
Peux-tu choisir une de tes photos qui a un sens particulier pour toi et nous expliquer pourquoi? Can you pick one of your pictures or paintings which holds a special meaning for you and tell us why?
J’ai une série de photographies qui s’appelle “Fear Faith/Faith Fear” ou “God Cares”, sur laquelle je suis toujours en train de travailler. Les images sont toutes basées sur mon éducation religieuse (j’ai dû aller à l’école chrétienne du dimanche et à l’église pendant toute ma jeunesse), ainsi que sur la réalisation progressive pendant mon adolescence que j’étais en fait athée. Quand je voyage, je visite des cathédrales et je vois des symboles religieux partout dans le monde, sur les gens, sur l’architecture, etc. Quand ces influences religieuses sont apparentes, j’essaie de les prendre en photo. Ca a débuté avec “Brutality Of Belief”, un travail composé de petites séries de 7 ou 8 photos montrant une imagerie épouvantable venant de peintures ou de statues basées sur des écrits bibliques. La plus grande série est composée de ces images brutales et de toutes ces références à la religion dans notre quotidien : autocollants de voiture, t- shirts, panneaux d’affichage, graffitis, tatouages, peu importe. Pour mon exposition en Belgique, « The Cemetary Of Reason », j’ai accroché 196 images en noir et blanc tirées de cette série sur un mur, sans encadrement, avec de longues épingles en forme de T. Ca formait une sorte de butte, de pyramide sur le mur et c’est devenu ma pièce préférée de toute l’exposition. La culmination du personnel, du spirituel, de l’anti-spirituel et l’impression physique qui ressortait de ce travail, m’ont vraiment donné le sentiment d’avoir créé quelque chose de fort. Il m’est difficile d’aimer l’une de mes créations après sa réalisation, c’était donc une exception assez rare.
I have a collection of photographs I’m calling “Fear Faith/Faith Fear” or “God Cares” that I’m still shooting as I go. The images are all based on my religious upbringing (I was sent to Christian Sunday school and church all throughout my youth) and my subsequent realization in my teenage years that I’m an atheist. As I travel I visit cathedrals and see religious symbols in the world, on people, in architecture, etc. Whenever these religious influences are apparent, I try to shoot a photo. It started with a small work I made called “Brutality of Belief” that was a series of 7 or 8 photos of gruesome imagery in paintings or statues referencing stories from the bible. The wider series is those brutal images, and anything that references religion in our daily lives : bumper stickers, t-shirts, billboards, graffiti, people’s tattoos, whatever. So for my show in Belgium, « The Cemetery of Reason », I displayed 196 black and white images from this ongoing series on the wall, unframed with long T-pins. It was shaped in a sort of mound or pyramid. For me it ended up being my favorite work in the show. The culmination of the personal, the spiritual, the anti-spiritual, and the physical feel and mood of the work felt like I had done something right. It’s hard for me to like things after I make them, so this was a rare exception.
En regardant ton travail on ne ressent aucun jugement de ta part mais uniquement de l’observation. Le seul sujet sur lequel cela diffère est celui de la religion. C’est un thème qui revient fréquemment et sur lequel tu sembles avoir une opinion assez tranchée. Pourquoi? There is no sense of judgment on your part when one looks at your work, only observation. The only subject where this does not apply is religion. It is a recurring theme in your work, on which you seem to have quite strong views. Why?
La plupart des choses ne nécessite pas de jugement. Si je publie la photo d’un gamin en train de fumer, pourquoi enlèverais-je le processus de réflexion de l’observateur en exprimant mon propre avis? Il peut très bien décider lui-même s’il approuve ou pas le fait qu’un adolescent fume, ou bien tout simplement ne pas penser à ça et aimer ou détester la photo pour une raison complètement différente. Tu peux montrer une photo de deux gosses en train de se battre à coups de poing et la première réaction de certaines personnes sera: “C’est mal cadré!”. Je me suis un peu moqué de la religion, mais même les séries dont je parlais un peu plus tôt “Fear Faith/Faith Fear” ne sont accompagnées d’aucunes explications. Même si mon point de vue est facile à deviner quand on voit ce que j’ai choisi de prendre en photo. En même temps, je dis ça mais 85% des photos en question trouveraient tout à fait leur place dans le foyer d’un nouveau converti au christianisme. La plupart du temps, ce sont des choses que je vois dans des cathédrales, des églises ou des musées. Je pense que la religion mérite d’être ridiculisée et jugée. Pourquoi les croyances des gens sont-elles si hors-débat? Elles affectent pourtant le monde entier. On demande aux élus de ce pays de croire un tant soit peu au créateur de l’univers.Quand ceux en charge de faire tourner le monde trouvent leur morale et cherchent une direction à suivre dans un livre ancien, composé de textes disparates écrits au temps où les gens croyaient aux dragons et que la terre était plate, c’est suffisant pour m’inquiéter. Bien sûr, il y a des pays où c’est bien pire que ça, où lapider une femme pour avoir embrassé un homme est toujours légal et encouragé par des textes religieux! Je pense que les gens qui ne croient en aucun dieu doivent le dire à voix haute. C’est difficile de proclamer publiquement que tu ne crois pas. Je ne vais pas devenir le genre de type qui passe son temps à répéter qu’il est athée, mais c’est très certainement un thème important de mon travail.
I think most things don’t require a judgement. If I display a photo of a young kid smoking a cigarette, why would I take the thought process away from the viewer by stating what I feel about it? They can decide for themselves if they approve or disapprove of a teenage smoker, or maybe think neither of those things and like or dislike the photo for some other reason. You can show a photograph of two kids fist-fighting and some people’s first reaction would be, « That’s out of focus! ». I have poked some fun at religion, but even the series I was telling you about “Fear Faith/Faith Fear” has no text or statement with it. Although my point of view is quite easy to see based on what things I chose to shoot. But having said that, 85% of the photos would be welcomed into a born-again Christian’s house. It’s mostly things I see in cathedrals and churches or at art museums. I think religion deserves some ridicule and judgement. Why are people’s beliefs “off the table” so to speak? It affects the entire world. The people elected to run the country are basically required to have some sort of belief in a creator of the universe. When the people in charge of shaping our world are getting their morals and guidance from an ancient book cobbled together from all sorts of disparate texts written in a time when most people believed in dragons or the earth being flat, its enough to worry me. Other countries in the world are much worse. Stoning a woman for kissing a man is still legal and supported by these religious texts in some places! I think people who don’t believe in a deity need to be vocal about it. It’s scary to come out of the closet and proclaim that you don’t believe. I’m not going to become the “Atheism is what I’m all about guy,” but it will surely be a theme in my work.
“The Cemetary Of Reason”, ta plus grande exposition et ta première rétrospective, a été organisée en 2010 en Belgique. Depuis, as-tu l’impression d’avoir tourné une page et de vouloir aller vers une direction nouvelle? “The Cemetary of Reason”, your largest exhibition and first retrospective, was organised last year in Belgium. Since then,
do you feel like you have turned a page and you want to go in a new direction?
Si tu ne tournes pas une page chaque jour, tu stagnes. Ca a été un grand honneur pour moi de pouvoir faire cette exposition, qui est aussi allée au musée MAN de Sardaigne en Italie, ainsi qu’au musée Ernst de Budapest après la Belgique. Je viens juste de récupérer toutes les pièces exposées, et oui, ça me donne vraiment l’impression que c’est un chapitre qui se clôt. Peu importe quelle sera la prochaine étape, je suis prêt pour quelque chose de nouveau. Il y a des façons de présenter son art que je n’ai pas encore essayé et d’autres que j’utilise déjà et que je continuerai à utiliser. Je démarre beaucoup de choses mais je n’affine jamais le travail jusqu’à ce que ce soit parfait. En théorie la prochaine étape serait donc d’affiner mon approche. J’ai appris ma leçon après avoir expérimenté une exposition de cette taille, c’était en soi quelque chose de complètement nouveau pour moi. La moitié du travail représenté avait été créé pour l’exposition. Maintenant je passe à la seconde étape de création pour certains de ces nouveaux travaux, en travaillant plus et mieux à partir de cette expérience.
If you are not turning a page every day you are stagnating. The show was a big honor to have, and it travelled to the MAN Museum in Sardinia, Italy and the Ernst Muzeum in Budapest after Belgium. I just got the work back finally and it does feel like something has ended. So no matter what the next step is, I’m on a fresh page. I think there are ways of displaying artwork that I have not yet explored, and others that I have and will keep doing. I start so many things but never return to perfect and refine the idea. So the next step in theory will be a more refined approach. Lessons were learned doing a show of that size. The show itself was a new thing for me. Half of the work in that show was created just for it. So, right now, I’m moving to phase 2 of some of those new works, and making more and better work based on those beginnings.
Ta relation avec ta femme Deanna tient une place importante dans ton art, et souvent des moments très personnels sont montrés (des plus intimes aux plus houleux). Pourquoi est-ce important pour toi de dévoiler cette vie intime? Jusqu’à quel point l’image exposée tient-t-elle de l’art ou de la réalité? Your relationship with your wife Deanna occupies an important place in your art and often shows very private moments (from the most intimate to the most painful). Why is it important for you to unveil this intimate life? To what extent is the exhibited picture art or reality?
Aucune oeuvre d’art, même une photo, ne raconte l’histoire complète. C’est juste une partie de l’histoire, un détail. Dans mes photos de ma relation avec Deanna, tout est réel dans le sens où je ne crée ou n’invente aucune des scènes représentées. Mais même si la scène est réelle, l’appareil photo peut seulement capturer une petite partie de la vérité. Par exemple, il y a cette photo de Deanna en train de pleurer dans une cabine téléphonique. Je pourrais même écrire une légende comme “Recevoir de mauvaises nouvelles”. Je n’explique pourtant pas complètement la vérité, qui est qu’en fait nous étions en train de téléphoner pour savoir comment allait notre chat, et la personne qui le gardait a dit : “Quelque chose est arrivé… ”. Deanna a cru que notre chat était mort et s’est mise à pleurer. En fait, tout allait bien, et une minute plus tard elle souriait à nouveau. Donc le fait est qu’elle pleurait vraiment car pendant un instant elle a cru notre chat mort, mais ce n’était pas une vraie crise parce que ce n’était pas le cas. Cette photographie, ce moment précis, raconte une histoire même si les pleurs n’ont duré qu’un bref instant. J’ai juste eu la chance d’avoir mon appareil photo en main au moment où ça s’est passé. Ca a l’air un peu dégueulasse de ma part de me trouver chanceux d’avoir pris en photo Deanna dans cet état, mais j’avais mon appareil avec moi quand elle a commencé à pleurer. Mon
cœur s’est brisé en la voyant ainsi, mais il y avait cette lumière, son visage était très beau, et j’ai vu une histoire en train de se dérouler sous mes yeux. J’ai pris la photo et en quelques secondes, c’était fini, elle était redevenue normale. Donc tu vois comme l’appareil photo sélectionne le temps et l’espace. Il y a énormément d’autres choses qui sont laissées hors du cadre d’une photo, mais cette sélection est ce qui en fait de l’art. Le photographe choisit un minuscule détail et une petite fraction de temps qu’il expose au public afin de provoquer en lui une réflexion, une introspection. Nous avons tous vécu, ou vivons une relation avec quelqu’un. Les hauts, les bas, le plaisir et la souffrance. Je ne suis pas différent. J’essaie juste de garder un appareil photo près de moi de manière à ce que, quand ce genre de moment fabuleux se produit, je puisse le capturer. Même si parfois ça le détruit complètement. C’est le risque à prendre quand on documente sa vie et qu’on l’intègre dans son travail. Tu t’exposes, toi et tes sentiments, au jugement extérieur. J’ai toujours aimé l’art personnel et détesté ce qui est ironique ou opaque.
All artwork, even documentary photos, are never the whole story. It’s just part of a story, a detail. So in my photographs of my relationship with Deanna, everything is real, in that I don’t create or manufacture scenes. But regardless of how real any scene is, the camera can only fit a small slice of the truth in. For instance, there is a photograph of mine where Deanna is at a pay phone crying. I may even write a caption on it like, « Getting bad news ». I don’t explain the complete truth which is that we were checking in on our cat, and the person watching him said, « Something happened… », and Deanna assumed that our cat had died and started crying. But it turned out that everything was OK, and in a minute she was back to smiling. So the fact is she was really crying, for a minute she thought our cat had died, but it wasn’t a real crisis because our cat had not died. That photograph, that moment tells a story, however brief the actual crying was. I was just lucky to be ready with my camera when it happened. It sounds ghoulish to be lucky to capture Deanna crying, but I was there with camera in hand, and she burst into tears. My heart sank, but also I saw that the light and her face were beautiful and that a story was unfolding before me. I shot it, and just like that it was over and she was back to normal. So you can see how the camera edits both with space and time. The immensity of what is left out of the picture is immeasurable, but that editing is what makes it art. The photographer chooses that tiny detail, and that fraction of time to present to the viewer for inspection and reflection. We have all lived through or are living through a relationship with someone. The highs and lows, the pleasure and pain. I’m no different. I just try to keep a camera at hand so when these amazing things happen I can try to capture it. Sometimes the act of capturing it ruins the mood. But that is the risk of shooting your own life and including it in your work. You are putting yourself and your real feelings out to be ridiculed or celebrated. I have always liked artwork that is personal and I, for sure, dislike work that is ironic and opaque.
FUTUR/FUTURE
Artistiquement, qu’aimerais-tu explorer ou essayer que tu n’as pas encore fait? In artistic terms what would you like to explore or try which you haven’t tried so far?
Il y a tellement de manières différentes de présenter des photos. J’ai d’énormes archives d’images et il y a un million de façons différentes de les exposer. J’ai fait quelques sérigraphies et des tirages normaux aussi. Mais je n’ai pas encore essayé d’utiliser une boîte à lumière ou les différents procédés de montage qui existent. Mais pour moi, tout naît de l’image elle-même. J’ai fait de la sculpture mais j’ai encore beaucoup à apprendre là-
dessus. J’aurais besoin d’espace pour créer quelque chose de vraiment grand. Pour le moment, je travaille dans mon garage.
There are so many ways to present photographs. I have a huge and growing archive of images and a million ways of disseminating them. I have done some silkscreens and of course regular prints. But I have not yet tried light boxes or the various mounting processes available. But for me it all stems from the image itself. I have made some sculpture, but there is much more to do there. I need some space to really make something big. Right now, I work in my garage.
What are you working on at the moment? Sur quoi travailles-tu actuellement?
La plupart des expositions sont terminées et je n’ai rien à l’horizon pour le moment, ce qui est à la fois reposant et angoissant. Je continue à prendre des photos tous les jours, à les développer et à les archiver. Pour la peinture, je dois me forcer un peu. Quand je le fais, j’adore ça, mais je dois me discipliner et pratiquer en atelier. Travailler, travailler, encore travailler! J’ai quand même l’impression d’être toujours en vacances.
A lot of shows are ending and I have no other shows on the horizon. Both scary and relaxing at the same time. As for photography, I’m shooting every day, constantly processing and archiving images. Painting I need to force myself to do. When I do, I fall in love but I need to discipline myself into having a studio practice. Work, work, work! But I feel like I’m always on a vacation.
What are your projects?Quels sont tes projets?
Ma grande préoccupation est d’arriver à terminer un projet intitulé “Wires Crossed”. J’imagine une nouvelle exposition dans un musée, basée principalement sur la photographie, ainsi qu’un grand livre. Tout le travail de ma vie de skateur en photos en fait. Ce que j’ai exposé lors du show au MOCA (ndlr : « Arts In The Streets » au Musée d’Art Contemporain de Los Angeles) était d’ailleurs une partie de ce travail.
My major cross to bear would be to finally get together the work for « Wires Crossed ». In my head, it would be another museum show, photography based, and a big think book. My life’s work as a skateboarder in pictures, really. My part of the MOCA (ndlr : “Arts In The Streets” at the Contemporary Art Museum of Los Angeles”) show was a sample of that work.
Finalement, qu’est-ce qui est important? In the end, what matters the most?
The health and well being of yourself and the people you love.
La santé et ton bien-être, ainsi que celui des gens que tu aimes.














juillet 4th, 2012at 22:49(#)
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