Angela Boatwright: interview

Killer Of Giants

Née en Ohio et vivant actuellement à New York, la photographe Angela Boatwright est l’un de ces talents incisifs dont accouchent parfois l’Amérique profonde.
Ses amours primaires, le skate et la musique métal, la nourrissent viscéralement et elle enchaîne les projets sans souffler depuis plus de 10 ans.
De directrice créative du magazine Mass Appeal aux séries mode et portraits de musiciens, Angela documente sa vie et trace sa route avec passion. La tête vissée sur les épaules, elle explore les facettes du mot talent en réalisant aussi de somptueuses vidéos ou en organisant nombre d’expositions d’art avec son projet Killer of Giants. Interview.
Born in Ohio and currently based in NYC, the photographer Angela Boatwright is one those incisive talents that lost towns in America sometimes give birth to. Her love for skate and metal music has nourished her inspiration for more than 10 years now and she’s been running from one project to another ever since. From being MassAppeal creative director to shooting fashion series and music artists, Angela is documenting her life and traces her own path with passion. Radically down-to-earth, she explores every aspect of the word talent and directs sumptuous videos or curates numerous art shows with her personal side project Killer of Giants. Interview.


ANGELA
Hi, I’m from Columbus, Ohio. When I was a teenager my mom had a darkroom in her house – she was doing some odd work as a photographer so I got to photograph my friends and then print the pictures myself. It was pretty awesome. I’ve been doing it more or less, ever since. Columbus, particularly during my teenage years seemed to be the type of place that everyone wanted to move away from but for some reason couldn’t. I’m not terribly close to my family, at least in the way that I needed to stay in Ohio to be with them. I guess I saw photography as a way out? And also as a way to communicate how I felt about things. If there was a band that I loved I was compelled to photograph them. If there was a person that I thought was amazing in any number of ways I would want to photograph them. I still approach photography that way. I show my love for things by documenting them.
Salut, je viens de Columbus, Ohio. Quand j’étais adolescente, ma mère avait une chambre noire à la maison où elle réalisait ses travaux photos bizarres. Ce qui m’a permis de développer moi-même les photos que je prenais de mes amis. C’était assez génial. C’est donc ce que je fais plus ou moins depuis. Particulièrement pendant mon adolescence, Columbus semblait être le style d’endroit duquel tout le monde voulait se tirer mais personne n’y arrivait pour une raison ou une autre. Je ne suis pas très proche de ma famille, enfin du moins pas assez pour rester avec eux en Ohio. Je suppose que j’ai pris la photographie comme une bonne raison de m’en aller? Et aussi comme une manière de communiquer ce que je ressentais. S’il y avait un groupe que j’aimais, il fallait que je le prenne en photo. S’il y avait une personne que je trouvais géniale pour une raison ou une autre, pareil,je voulais la photographier. J’approche toujours la photographie de la même façon. Je montre mon amour pour quelque chose en le documentant.

INFLUENCES
I got my first camera in 1989.  My best friend Meagan and I were going to see this a glam metal band called Vain and we baked the guitar player a cake in the shape of a snake. It was his 24th birthday. Basically I wanted to take photos of the whole thing. I’ve always been pretty driven. There wasn’t one moment however where I decided to make it my career. For as long as I can remember this is what I’ve wanted to do.
I’m influenced by all sorts of things. My friends, definitely. Old heavy metal videos, ‘Evil Dead’. I get inspired by little things all the time. Most of the time they’re super subconscious. I’m into ideas and feelings these days.

J’ai eu mon premier appareil en 1989. Ma meilleur amie Meagan et moi étions allées voir ce groupe glam metal qui s’appelle Vain et on avait fait au guitariste un gâteau en forme de serpent pour ses 24 ans. En fait, je voulais simplement prendre des photos de tout le truc. J’ai toujours un peu su ce que je voulais mais il n’y a pas de moment particulier où j’ai décidé d’en faire ma carrière. D’aussi loin que je me souvienne, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Toutes sortes de choses m’inspirent. Mes amis d’abord. Les vieilles vidéo métal, Evil Dead. Je suis inspirée par des petites choses tout le temps. La plupart du temps, ça va être super subconscient, je suis beaucoup dans les idées et les sentiments ces derniers temps.


TAKING PICTURES
- Can you tell us a little more about your creative process? How do you work? Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton processus créatif? Comment travailles-tu ?
I like to think about things for a while. Depending on what the client wants or what is best for any given project I pull all sorts of ideas from the fluff in my brain and then let it all marinate. I worry and fret and try really hard to think about different ways I can attack any project. I like to throw ideas out into the universe and see what comes back. Now I sound like a hippy.
J’aime penser aux choses pendant un moment. Suivant ce que souhaite le client ou ce qui est le mieux pour le projet, je sors des tas d’idées de mon cerveau et je les laisse mariner. Je m’inquiète beaucoup et j’essaie très dur de penser à différentes manières d’aborder chaque projet. J’aime jeter des idées en l’air et voir ce qui en retombe. Maintenant je parle comme une hippie.


- Your projects vary a lot from one onto another and despite your interests in skate/metal music, you also work a lot in fashion, you shoot hip hop artists and those pictures about Cuba/Mexico have a very social vibe. Is it important for you to do very different stuff? Tes projets varient beaucoup de l’un à l’autre et ce malgré tes intérêts primaires qui sont le skate et la musique. En shootant, par exemple, des séances mode, des artistes hip-hop ainsi que ces photo sur tes voyages à Cuba et au Mexique, qui ont une ligne beaucoup plus sociale. Est-ce important pour toi de faire des choses différentes?
I don’t consciously set out to “do something different” by any means. My photographs are a document of my life. I’m attracted to so many things. Mostly to people in underground scenes of all kinds. The underdog, I guess. This certainly pertains to skateboarders and metal heads – two groups of people that just got shit on for a huge chunk of their lives for looking weird and what not. In Cuba the people were and are actually fighting for their own personal revolution. I’m incredibly grateful to have been able to travel to there. My life changed forever after those trips. In terms of fashion – there’s a part of me that loves horror movies, dark things , dark ideas, make-up etc. In a subtle way. I think my fashion work showcases more of an idea of how I’d like to be?
Je n’essaie en aucun cas de « faire quelque chose de différent » consciemment. Mes photographies documentent ma vie et je suis attirée par tellement de choses. Principalement par les gens des scènes underground de tous genres. Ce qui touche donc sans aucun doute aux scènes du skate et du métal, deux groupes de gens toujours mis au rebut au moins pour une bonne partie de leur vie, parce qu’ils semblaient bizarres ou je ne sais quoi. A Cuba, les gens se battent toujours pour leur révolution personnelle. Je suis extrêmement reconnaissante d’avoir pu voyager là car ma vie a changé pour toujours depuis ces voyages. Au niveau de la mode, il y a cette partie de moi qui adore les films d’horreur, les choses sombres, les idées noires, le maquillage, etc… D’une certaine manière, je pense que mon travail dans la mode montre un peu l’idée de ce que j’aimerais être?

- What do you think makes a good picture? How do you get the best out of your subject? Qu’est-ce qui fait une bonne photo selon toi et comment tires-tu le meilleur de ton sujet?
I like images that I can look at over and over again and get something new from them every time. I like photography that is genuine, attempts to show someone’s true self and clearly expresses what’s going on not only in the one image but in the entire atmosphere surrounding the shot. There are images that speak volumes. James Nachtwey has photographed quite a few of them. Joseph Szabo = amazing.
J’aime les images que je peux regarder encore et encore et desquelles je peux tirer quelque chose de nouveau à chaque fois. J’aime les photos honnêtes, qui essaient de montrer réellement quelqu’un et qui n’expriment pas seulement ce qu’on peut voir sur l’image mais l’atmosphère complète autour de la prise de celle-ci. Il y a des images qui en disent énormément. James Nachtwey en a pris pas mal, Joseph Szabo = génial.


- Can you pick a picture that has a special meaning to you and explain us why? Peux-tu choisir une photo qui compte pour toi et nous expliquer pourquoi?
I have so many images that I totally adore mostly because I love the people in them. This image however was the first that came to mind. This is Saviours playing a small club show in Columbus, Ohio back in March. Something about this photo reminds me of how I used to feel as teenager watching bands. Being really in awe of what they’re doing onstage. I’m not sure if that comes through to other people but there’s an energy to this shot that I love.
Il y a tellement d’images que j’adore, souvent simplement parce que j’adore les gens qui sont dessus. Cette photo est pourtant la première qui me soit venue à l’esprit. C’est Saviours jouant dans un petit club à Columbus, Ohio en mars. Il y a quelque chose dans cette image qui me rappelle ce que je ressentais quand j’étais adolescente et que je voyais des groupes jouer. Etre en complète adoration de ce qu’ils font sur scène. Je ne suis pas sûre que d’autres gens aient la même impression en la regardant, mais il y a vraiment une énergie qui sort de cette photo que j’adore.

- Those videos you did for the Witch fashion photo shoot and Bing Bang are completely mesmerizing, are you currently working on other video projects and would you see yourself more involved in film direction?
Ces vidéos que tu as faites pour le shoot mode Witch et Bing Bang sont hallucinantes. Travailles-tu actuellement sur d’autres projets vidéo et te verrais-tu évoluer de plus en plus vers la réalisation de films?

Yes, yes and yes – and thank you for the compliment! I’m working quite a bit more in film and video. I started filming a documentary in April and with any luck will release the trailer shortly. Editing it as I type this!!
Oui, oui et oui – et merci pour le compliment! Je travaille de plus en plus dans le film et la vidéo. J’ai commencé à travailler sur un documentaire en avril et avec un peu de chance, je diffuserais la bande-annonce bientôt. J’y travaille en ce moment même!

- If you had not become a photographer, how do you think it would have turned for you? Si tu n’étais pas devenue photographe, qu’aurais-tu fait ?
I have absolutely no idea. Seriously.  I used to think I would be playing guitar. I’m really into physics – or the idea of physics. Honestly the older I get the more I realize that this is the job for me.
Je n’en ai absolument aucune idée. Plus sérieusement, je pensais que je jouerais de la guitare. J’adore aussi la physique – ou l’idée de la physique. Honnêtement, plus je vieillis, plus je réalise que mon job est fait pour moi.


KILLER OF GIANTS
- You have your own project « Killer Of Giants », was it  a way to do what you couldn’t do with your more « commercial » projects? Tu as ton propre projet « Killer Of Giants », était-ce une  manière de faire ce que tu ne pouvais pas faire avec tes projets plus « commerciaux » ?

Killer of Giants is an outlet for things that I do that lie outside of my photographic career. I was a photo editor for a while as well as a creative director (for Mass Appeal magazine) and have also curated quite a few art shows. At this point I curate about one show per year. Killer of Giants will probably also absorb my budding film and video career.
Killer of Giants me permet de présenter ce que je fais en dehors de ma carrière photographique. J’ai été éditeur photo et directrice artistique un moment (pour Mass Appeal magazine) et j’ai aussi été curatrice de pas mal d’expos d’art. Pour le moment, j’organise à peu près une exposition chaque année. Killer of Giants absorbera probablement à un moment ma carrière en herbe de réalisation de films et vidéos.


- What’s your dream project ? Quel est ton projet rêvé ?
Shit – I think I’m working on it now!
Merde, je pense que je suis en train de bosser dessus maintenant!

- What’s your idea of happiness? Quelle est ton idée du bonheur?
haha, yet again I have no idea. Really. I mean the grass is always greener. I complain all the time but holy shit have I been lucky in my life. I always want more though. I’m guessing that will never change.
Haha, de nouveau je n’en ai aucune idée. Sérieusement. L’herbe est toujours plus verte ailleurs. Je me plains sans arrêt alors que vraiment j’ai eu beaucoup de chance dans ma vie. J’en veux toujours plus pourtant, je suppose que ça ne changera jamais.

- At the end what’s important? A la fin, qu’est-ce qui est vraiment important?
Not taking no for an answer, being true to yourself and your gut.  Powering through the long work days with no sleep. Whatever it takes to make sure the photo shoot or the film project is the absolute best it can be. Not letting anything get in the way at the same time remaining professional and treating people with respect. People that do things without caring about money, true expression. Teaching kids that they don’t have to have regular 40 hour a week jobs to live in this world. Creative freedom…
Ne pas prendre non pour une réponse, rester fidèle à soi-même et à ses idées. Traverser les longues journées de boulot sans sommeil. Faire ce qu’il faut pour que la séance photo ou le projet de film soit le meilleur qui soit. Ne rien laisser se mettre en travers de son chemin tout en restant professionnel et en traitant les gens avec respect. Les gens qui font les choses en s’en fichant de l’argent, l’expression réelle. Apprendre aux gamins qu’ils ne doivent pas forcément se retrouver dans un job à 40 heures par semaine pour exister dans ce monde. La liberté créative…

- Interview Emilie Lauriola, all pictures courtesy of Angela Boatwright.

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