Perfume Genius: Interview

juillet 15th, 2010  |  Published in INTERVIEWS


Phoenix

Mike Hadreas a 26 ans, il vient de Seattle, et a sorti fin juin un premier album Learning sous le nom de Perfume Genius.
Sur cet album on trouve justement les premières chansons qu’il a écrit, dans leur ordre chronologique.
Parés d’une troublante ingénuité juvénile, sa démarche cathartique, ce chant qui s’assure au fur et à mesure, ces textes à l’obscurité pure, à peine vêtus d’un piano et d’un clavier, frappent le coeur. Oh ce “lookout lookout there are murders”, qui prend le ventre, fait frissonner la peau, et serre la gorge. Aussi fou et noir que les artistes dont il se réclame (This Mortal Coil, PJ Harvey), aussi lumineux et doux qu’un River Phoenix dans My Own Private Idaho, Perfume Genius trouve un langage à la simplicité confondante et s’élance d’un coup avec une infinie beauté.
Sur scène, accompagné aux claviers par son ami Alan, il donne la même intensité, et je me souviens avoir fondu en larmes quand il chanta Mr Peterson.
Quand je le rencontre dans une petite cour d’immeuble parisien baignée de soleil et de pépiements d’oiseaux, Mike Hadreas porte l’enfance sur son beau visage. Toute l’interview est ponctuée d’éclats de rire désarmants, et en réécoutant l’enregistrement je ne suis pas surprise de l’entendre chantonner au moment où je l’ai laissé seul quelques secondes.
Jamais jeunesse ravagée ne brilla si nettement. Cette clarté, cette douceur et cette force propre à l’enfance ont miraculeusement survécu et habitent Perfume Genius.

INFLUENCES
- Which songs by other artists could describe your music?

Song To The Siren by This Mortal Coil. That’s my favorite song, because it’s got this really heavy mood… Whenever you listen to it you go to the same place every single time, no matter where you are. That’s what i like to do with my music.
PJ Harvey
I Think I’m A Mother, just because she’s really menacing and what she sings is kind of sweet but she sounds like a monster, like she’s from hell while she’s just saying i love you, and i feel like mine is the opposite. It sounds like I’m saying I love you but sometimes it’s a little darker. I like that kind of contrast. It kind of trick people into listening to something heavy by making it sound pretty.
Song To The Siren par This Mortal Coil. C’est ma chanson préférée, parce qu’elle a ce ton si puissant… Quel que soit le moment où tu l’écoutes elle t’envoie au même endroit, à chaque fois, peu importe où tu te trouves. C’est ce que j’aime faire avec ma musique.
PJ Harvey I Think I’m A Mother, parce qu’elle est tellement menaçante et ce qu’elle chante est plutôt doux mais elle sonne comme un monstre, comme si elle sortait de l’enfer pendant qu’elle chante je t’aime. Et je trouve que ma musique c’est le contraire, ça sonne comme si je chantais je t’aime mais c’est plus sombre que ça. J’aime ce genre de contrastes, amener les gens à écouter quelque chose de dur en le faisant sonner joliment.

- What’s your happiest musical memory as a child? Quel est ton meilleur souvenir musical, enfant?
… As a child… well i don’t know if that’s happy, but my uncle - he’s not really my uncle but he lived downstairs, and in Iowa there’s tornado’s warning so we had to go downstairs in case it blew our house down, and that was pitched black and he played Thriller by Michael Jackson which scared the shit out of me, but you know i liked it, it made the situation something else, even more sinister, and i liked that.
I’ve always liked scary stuff. Scary and pretty at the same time.

… Quand j’étais enfant… hé bien je ne sais pas si c’est un souvenir heureux, mais mon oncle - ce n’est pas vraiment mon oncle mais il vivait au rez de chaussée de notre maison… En Iowa il y a des alertes pour les tornades et on devait descendre à la cave au cas où l’une d’entre elles raserait notre maison, et il faisiat tout noir et il jouait Thriller de Michael Jackson, ce qui me rendait fou de peur, mais en même temps j’aimais bien ça, cela rendait la situation différente, peut-être encore plus sinistre, et ça me plaisait. J’ai toujours aimé les choses effrayantes. Effrayantes et belles à la fois.

MUSIQUE
I play piano since i was little, like 5 maybe, took lessons. I never learned really how to read music or anything. And it’s always what i wanted to do. I’ve done other things like painting, making videos and stuff and music was all that i wanted but the hardest for me to do. And plus i love music, so i would start and then i would remember all the stuff i’d heard and i thought i could never be that good, you know… so i would just stop. One day i just decided to do it anyway… and it felt… right. It felt like what i would have been supposed to be doing in my whole life, so…
je joue du piano depuis que je suis tout petit, cinq ans peut-être, j’ai pris des leçons. Je n’ai jamais vraiment appris à lire la musique ou le solfège, et c’est ce que j’ai toujours voulu faire. J’ai fait d’autres choses, de la vidéo, de la peinture mais la musique c’etait vraiment ce que je voulais, mais c’était la chose la plus dure à réaliser. De plus je suis fou de musique, alors je commençais et puis je me rappelais toutes ces choses que j’avais entendues et je me disais que je ne serais jamais aussi bon… Alors je m’arrêtais. Un jour j’ai décidé de m’y mettre vraiment… et j’ai senti… que c’était enfin juste. J’ai senti que c’était ce que j’aurais dû faire toute ma vie…

- Musical obsessions - Obsessions musicales
I ‘ve had a lot. That Mortal Coil album i was talking about, that album is just really full, it transports you… I probably would do that more simply but that’s what i want to do. And i’ve been listening a lot to the Bulgarian Women’s Choir, and i dont know… anything about that music. Alan is making fun of me because i’ve been obsessed with listening to this kind of thing so it’s like my whole album is gonna be like throat singing, and he freaked out! But it’s desperate and right here (he shows his belly) at the same time, uplifting… And i like that kind of things. I like that kind of slow motion and desperate at the same time.
J’en ai eu beaucoup. Cet album de This Mortal Coil dont je parlais, c’est album est vraiment plein, il te transporte… J’aurais probablement fait les choses plus simplement mais c’est ce que je recherche. Et j’ai beaucoup écouté le Choeur des Femmes Bulgares, et tout ce genre de musique. Alan se moque de moi parce que j’en avais fait une obsession, comme si mon album allait être uniquement avec des choeurs comme ça, ça l’énervait! Mais en fait c’est désespéré et ça te prend là (il me montre son ventre) en même temps, ça te soulève… Et j’aime ce genre de choses. Ce genre de ralenti et de désespoir en même temps.

- What’s the story behind the album title: Learning - Quelle est l’histoire du titre: Learning?
These songs are pretty much the first songs I have ever written.
Everything was so new, even making music was new and its the name of the first song i ever wrote. On the album i have all the songs recalling to when i wrote them. The first song and the last song is the last song i wrote at that time.
Its just sort of… i can hear it kind of expanding to feeling more confident. A little bit.

Ces chansons sont les premières que j’ai écrites.
Tout était tellement nouveau, même faire de la musique c’était nouveau, et c’est le nom de la toute première chanson que j’ai écrit. Sur l’album toutes les chansons sont dans l’ordre où je les ai écrites, de la première à la dernière. C’est en quelque sorte… Je peux entendre une sorte de progression dans l’assurance que je prends. Un peu.

- All the songs relate to your life? is it a cathartic experience?Toutes les chansons s’inspirent de ta vie? Est-ce une expérience cathartique?
They all start like that but some are my mum’s memories, friends and stuff, and sometimes it becomes like a mash up, like a combination of all our experiences. But a few of them yeah… A lot of them are just my memories and stuff.
That’s why when i started making music it felt like what i was supposed to be doing. Because you wanna make something. Sometimes you never feel like you can really get it all out, when there is something that blocks you. Even when I play a song, sometimes I feel like I’m not really being there but I don’t really know why that. It’s kind of me, I get so nervous but then I end up getting there, so: cathartic yes.

Elles commencent toutes comme ça, mais il y a aussi des souvenirs de ma mère, d’amis, des choses. Alors parfois ça devient comme un mélange, une combinaison de toutes nos expériences. Mais pour quelques unes, oui… Oui beaucoup d’entre elles sont mes souvenirs.
C’est pour ça que lorsque j’ai commencé à faire de la musique, je sentais que c’était ce que je devais faire. Parce que tu veux faire quelque chose, mais parfois tu as l’impression que tu n’arriveras jamais à l’exprimer, quand il y a quelque chose qui te bloque. Même quand je joue une chanson parfois j’ai l’impression de ne même pas être présent, mais je ne sais pas pourquoi. C’est comme ça que je suis, parfois je deviens si nerveux, et puis je me retrouve là de nouveau, alors oui c’est cathartique.

CONCERT
I get really nervous before, because it’s not like party music or singing about…party! But then once I get there, and everyone sit down, i dont really know why but it goes away. But i like how nervous i get… it feels real. Also, some songs sound prettier or they may be changed what they say a little and that’s fun, especially when you’re gonna sing them all the time.
Je deviens vraiment très nerveux avant, parce que ce n’est pas une musique festive  ou qui parle de… faire la fête! Mais une fois que je suis là, et que tout le monde s’est assis, je ne sais pas pourquoi mais ça s’en va. Mais j’aime que ça me rende nerveux… ça devient réel. Et puis certaines chansons sonnent mieux, ou alors on les change un peu, et ça c’est amusant, surtout quand on sait qu’on va les chanter plein de fois.

- What about playing with another musician on stage?

He’s (Alan) been through pretty much everything that i have… We’re very similar and that was very important to me just so i thought he would know what i was talking about.
Il (Alan) a traversé à peu près les mêmes épreuves que moi… On est très semblables et c’était vraiment important pour moi que je puisse penser qu’il savait de quoi je parlais.


- What’s your idea of happiness?

Feel comfortable in your skin
Se sentir bien dans sa peau

- interview Geraldine Ancri, photo Yann Stofer

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