Année Bissextile
juin 14th, 2010 | Published in CINEMA/FILM
Année Bissextile
Réalisé par Michael Rowe, sortie le 16 juin
Sacré Caméra d’Or au dernier Festival de Cannes, Année Bissextile est un premier film puissant.
Il suit au plus près la vie quotidienne de Laura, une jeune journaliste mexicaine. Celle-ci s’ennuie, ses journées sont d’une grande fadeur. Célibataire, elle observe le couple qui regarde la télévision dans l’appartement voisin et se masturbe. Elle couche avec des hommes sans conviction, téléphone à sa mère tous les jours.
Elle pleure, fume des cigarettes, c’est le terreau de la tristesse. Mais paradoxalement, le film ne va pas s’enfoncer dans l’observation de ce malheur. Rowe filme son actrice Monica Del Carmen avec une précision presque scientifique sans tomber dans l’esthétisation du nihilisme. Et c’est là tout l’intérêt, quand le cinéma fait l’état des lieux du cerveau. Et la conclusion est claire : si vous vous mettez à suivre une personne à chaque instant de sa vie, c’est forcément morne et gris.
Laura rencontre un homme probablement marié, leur relation est furtive et tombe dans le SM pur et dur.
Une telle existence sans promesse d’avenir ne peut que faire vibrer sa propre pulsion de mort, c’est exactement ce qui lui arrive dans un grand plaisir. Comme il se trouve que j’ai fait des études de psychologie cela me rappelle la phrase fameuse de Jacques Lacan « Là où ca souffre ca jouit ».
La caméra, dans un clair obscur réussi, montre l’ondulation du corps de Laura au moment de mettre en pratique les scénarios proposés par son amant. Sans tomber dans l’imagerie pornographique, le film reste corporel et réel, même s’il est interdit aux moins de 16 ans.
Impossible par contre d’évoquer la fin du film, absolument inattendue. On en ressort avec une compassion pour le personnage, c’est tout de même assez rare pour le signaler.
- Arnaud Jamin