Festival de Cannes: jour #10
mai 21st, 2010 | Published in CINEMA/FILM
Dream On
Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures. C’est le titre du film du thaïlandais Apichatpong Weerasethakul présenté en compétition officielle. Un homme très malade au milieu de la campagne vit ses derniers jours. Beaucoup de silence et de contemplation, c’est peut être un peu difficile à aborder en fin de festival. Il s’agit d’un rêve qui avance doucement. Et qui pourrait tout à fait s’arrêter au bout de dix minutes, après une double apparition éblouissante.
Lors d’un repas, une figure noire apparaît dans la nuit, ses deux yeux rouges scintillent dans l’obscurité. C’est le fils de l’homme mourant, disparu depuis des années. Il prend la forme d’un « singe-fantôme », terme génial que les personnages répètent plusieurs fois. Une figure troublante et décalée, un corps plein de poils qui se met à parler. Le fantôme de la femme de ce même homme se matérialise aussi et prend part aux discussions. Voilà donc un homme qui se met à avoir une conversation avec ses chers disparus comme ça. Ils confessent qu’ils s’ennuient, qu’ils prennent soin des vivants depuis l’au-delà. C’est très beau. Le principe même du rêve.
Dans le palmarès il faudra compter sur Poetry, du Sud-Coréen Lee Chang-Dong et sur son actrice Yoon Jung-Hee, qui a tourné plus de 300 films mais n’avait pas été à l’affiche depuis une dizaine d’années. Son interprétation excellente d’une grand-mère qui cherche à écrire un poème au milieu de sa vie passée avec son turbulent petit fils n’échappera pas à l’œil de Tim Burton.
Polanski est dans toutes les têtes. Xavier Beauvois affiche un tee-shirt sur lequel est inscrit le nom du réalisateur lors de sa conférence de presse. Burton, lui, ne s’est pas exprimé. En début de festival Michael Douglas et ses grosses bottes ne souhaitaient pas non plus prendre parti. Dispute avec un attaché de presse que j’apprécie beaucoup hier soir parce que je prends la défense de Polanski (dont je n’apprécie par ailleurs pas vraiment la filmographie). Encore une fois, c’est regrettable qu’on dissocie la vie d’une œuvre de cinéma, d’une œuvre d’art tout court. Il existe ainsi des gens qui n’ont rien à dire sur l’acharnement honteux que Polanski subit. A ce titre il est tout à fait important que Bernard-Henry Lévy prenne la direction de cette défense et pointe du doigt les membres du jury et les acteurs en demandant que l’on s’exprime. Mais allez dire BHL par les temps qui courent, vous ne vous ferez que des ennemis. Tant pis.
Petites illuminations. Sur la plage du festival, juste devant l’immense Carlton, une halte dans le soleil de midi. Il n’y a personne dans ce restaurant très calme ou alors les gens ne disent rien, ils se prélassent sur des chaises longues. Une fille brune essaye des maillots et cherche des regards. Vérifiez par vous-même, les vrais endroits de luxe et d’élégance, qui n’ont pas toujours de lien avec l’argent, n’intéressent personne. Ici comme ailleurs, il faut s’en emparer.
-Arnaud Jamin