La Comtesse
avril 19th, 2010 | Published in CINEMA
La Comtesse
De Julie Delpy, sortie le 21 avril
Après le succès de Two days In Paris, Julie Delpy revient à la réalisation avec La Comtesse, dans lequel elle tient le rôle d’Elisabeth Bathory, une puissante hongroise du 17ème siècle.
Film d’époque donc, tourné dans de vieux châteaux du sud de l’Allemagne, qui nous immisce dans cet autre temps, où une barbarie quotidienne côtoyait les décors les plus fastueux et le monde de la cour.
C’est dans ce voyage-là, finalement peu vu au cinéma, que réside l’intérêt du film. Robes noires, tapisseries, mobilier, donnent accès à une magie que nous avons laissé dans l’enfance. On sent bien l’attrait du conte chez la réalisatrice qui campe une comtesse se découvrant cruelle, qui, après avoir perdu son mari, rencontre un jeune homme de vingt et un ans (excellent Daniel Brühl). Une scène de danse s’engage, tout à fait merveilleuse, courte, gracieuse. Cela est bien sûr sulfureux car il va bientôt s’agir effectivement d’amour. Et le véritable amour, de tous temps et de tous films, a du mal avec la société.
Si l’on voit venir l’intrigue de l’amour impossible = ressentiment et violence, il faut dire que Julie Delpy tient son film avec grâce.
Cette comtesse, qui s’imagine ne pas plaire au jeune homme car son visage porte les traces d’une quarantaine toute proche et qu’elle amplifie sans raison, va entrer dans une croyance folle. En utilisant le sang de jeunes vierges comme baume pour la peau, elle pense que sa beauté perdue réapparaitra. Elle s’en persuade même. Toute une supercherie s’engage, il faut chercher du sang frais et cacher les cadavres. Si des scènes violentes et cruelles sont bien montrées, le film ne bascule pas dans l’horreur. On lui reprochera peut être de vouloir jouer sur tous les tableaux : romantisme, conte merveilleux, satyre politique. Mais il y a chez l’actrice-réalisatrice une petite fille qui a visiblement pris plaisir à jouer à la sorcière. C’est tout à fait charmant, comme Delpy elle même. La Comtesse est à conseiller dans un moment où des douzaines de films sans grande valeur sortent chaque mois.
- Arnaud Jamin
