Chloé, Atom Egoyan
mars 3rd, 2010 | Published in CINEMA/FILMChloé
De Atom Egoyan, sortie le 10 mars.Le nouveau film du réalisateur canadien Atom Egoyan sent le souffre.
Chloé pose un synopsis simple. Une femme (Julianne Moore) pense que son mari (Liam Neeson) est infidèle. Elle décide d’embaucher une jeune escort girl pour essayer de le prendre la main dans le sac.
On peut d’ores et déjà imaginer quel genre de film idiot pourrait se cacher derrière ce type d’histoire. Mais c’est une vraie perle cinématographique que voilà.
Chloé reprend le sujet du film d’Anne Fontaine Nathalie sorti en 2004. Il semble bien qu’il ne faille pas l’avoir vu avant d’aborder Chloé, surprise scénaristique à ne pas gâcher. Peu importe, je voudrais que tous les gens que je connais aillent voir le film d’Atom Egoyan.
Le réalisateur a pris l’habitude de parler de l’intimité, d’aller dans le fond du cerveau de ses personnages. C’était le cas pour son dernier film Adoration, idem pour De Beaux Lendemains ou le génial Exotica.
Chloé a été tourné dans la même ville que ce dernier, Toronto. On y retrouve des images urbaines éblouissantes de ces lieux chers à Egoyan : tons bleus gris clairs d’un hiver qui verse dans le printemps. C’est aussi un film sur la vie de cette ville.
Il est donc question d’intimité, de secrets, d’érotisme. Sans trop dévoiler l’intrigue, une vengeance va avoir lieu au milieu d’un triangle amoureux qui prend une dimension nouvelle. L’expression renversement de situation prend tout son sens dans ce film où les personnages sont tour à tour cernés, propulsés, vidés par leurs fantasmes. Cette intimité s’illustre dans le jeu des miroirs, des transparences, des fenêtres que le réalisateur filme avec précision.
Il faut voir Amanda Seyfried incarner Chloé, l’escort girl. Il serait tellement facile de parler de Lolita, de jeune première, d’érotisme de bas étage. Pour moi j’y ai vu une figure du peintre et médailliste italien du XVème siècle, Pisanello. Même pureté dans la beauté, même perfection des traits (allez jeter un oeil sur google vous m’en direz tant). Dans son jeu rien n’est forcé, elle s’impose avec facilité. Alors bien sûr on me dira qu’il y a là une fascination physique pour une actrice, qu’il faudrait que je m’attarde plus sur l’intérêt cinématographique de l’objet filmique à proprement parler.
Je ne le pourrais pas. D’une part parce que révéler un peu plus l’histoire gâcherait la découverte et le plaisir du lecteur qui deviendra spectateur après avoir lu ma critique. Et d’autre part parce que je demande à ce même lecteur de bien vouloir me croire : ce film est divin.
En sortant de la projection il faisait très froid et je devais aller voir un concert d’Arnaud Fleurent-Didier. Je n’ai pas du tout senti le froid et j’ai attendu plusieurs chansons avant de pouvoir entrer vraiment dans la musique.
- Arnaud Jamin
