jj
février 6th, 2010 | Published in MUSIQUE/MUSIC
Life Affirming
Il est possible de tomber sur un groupe comme on fait face à un miracle.
Le duo suédois jj fait partie de ces projets nimbés de secrets, sans véritable promotion et qui m’apparaît au milieu de la cohorte de nouveaux groupes comme une évidence, un enchantement.
Pour dire mieux, je suis tombé amoureux de leur musique. Littéralement.
jj n’est pas sur Myspace, n’a, à ma connaissance, pas donné d’interviews. Ils sont signés sur le label Secretly Canadian qui héberge entre autres Yeasayer. Leur disque intitulé sobrement jj n°3 est annoncé pour début mars en France via Differ-Ant. Dans la foulée ils tourneront au printemps aux Etats Unis avec The XX. Les quelques morceaux que l’on peut entendre de ce nouvel album sont dans la lignée directe de leurs premiers disques, parus l’an dernier, le single jj n°1 et le LP jj n°2, références numériques possibles à l’âge d’or mancunien de Factory.
Les titres sont une plongée hypnotique dans l’électro pop, le dub, le hip hop, le shoegazing.
Pas d’influences marquées chez eux, mais ils me font penser à deux groupes des années 90 assez honteux mais qui avaient leur intérêt, Cranes et Dubstar. Les comparaisons s’arrêteraient là si je n’avais l’outrecuidance d’avancer qu’on est, avec jj, à l’exact milieu entre Lil Wayne et Enya, mais oui.
La production est délicieuse, voix aérienne, nappes sur nappes, guitares, samples phrasés intelligents.
Il faut se méfier quand quelqu’un dit qu’il écoute en boucle le même disque, je trouve toujours cela étrange et dérangeant, je suis mal à l’aise, j’ai l’impression qu’on veut m’imposer quelque chose que quelqu’un d’autre s’est approprié. Mais depuis deux semaines, force est de constater que mon existence toute entière n’est qu’un écho précis à leurs chansons.
Cette fête prolongée dans la nuit ? Une résurgence de My Life, My Swag où la chanteuse explique, comme dans tous ses textes d’une manière simple et directe, « Je vis dans mon propre monde. Impossible d’être ailleurs ». Il faut entendre dans cette chanson la puissante montée mélodique de la voix qui chute avant le refrain.
Cette pérégrination dans Paris ? Une précision de My Hopes And Dreams « Je cherche quelqu’un qui pourrait partager mes espoirs et mes rêves. La nuit je pleure car personne ne voit vraiment la liberté».
Cette fille qui pourrait bien entrer dans ma vie ? L’illustration de Let Go « Chérie nous sommes nés pour rire ou dormir au soleil. Je ne serais plus jamais seul car j’ai une amie. »
Leur attitude est leur force. Sur les quelques images du groupe qui circulent, une certaine nonchalance non feinte, ces petits-là sont sûrs d’eux. Une fille blonde aux cheveux longs et un garçon tout ce qu’il y a de commun. Et un côté assez sulfureux dans leur manière d’évoquer ouvertement substances liquides et illicites. Mais l’important est d’entendre ce qu’ils en font : la musique comme sublimation.
Et qu’on ne me parle pas de nouveaux hippies ou des finalement trop marketés MGMT.
Je lisais beaucoup dans le NME quand j’étais adolescent l’expression « life affirming » dans des critiques de disques. J’ai l’impression d’avoir trouvé le groupe qui va avec ces deux mots.
Arnaud Jamin