A Serious Man
janvier 5th, 2010 | Published in CINEMA
A serious man
Comédie de Joel et Ethan Coen, sortie le 20 Janvier.
Après les Oscar de meilleur film et meilleurs réalisateurs en 2008 pour No Country For Old Men, les frères Coen enchaînent un film par an. A Serious Man les placerait dans la cour des très grands s’il n’y étaient déjà.
Le point de départ est une histoire classique du cinéma.
Tout va très mal dans la vie de ce professeur juif qui vit dans une banlieue du Midwest à la fin des années soixante. Sa femme s’apprête à partir vivre avec un de ses amis. Son frère Arthur squatte sur le canapé du salon. Ses enfants montrent des signes inquiétants de défaillance disciplinaire. La prochaine titularisation de son poste est mise à mal par de louches dénonciations anonymes. Mais cette existence qui se délite est prétexte à une excellente démonstration narrative et psychologique.
Et la mire des réalisateurs, qui filment les lieux et le contexte dans lequel ils ont eux même grandi, est bel et bien la religion.
Le personnage principal, joué par Michael Stuhlbarg, va en effet s’adresser à trois rabbins qui sont autant de styles humains que de réponses à la question fatidique « Est-ce que j’ai mérité le chaos qui est en train de s’imposer dans ma vie ? ». La scène d’ouverture, totalement inattendue, sans rapport apparent avec le reste du film et que l’on ne saurait bien décrire par écrit, est tout bonnement géniale à ce propos.
On ressent un vrai bonheur à voir ces banlieues que l’ont nous a servi dans mille navets ou soap américains. Les oppositions de couleurs sont appuyées, bleu du ciel contre blancheur des façades, reconstitutions des décors intérieurs, tissus, habits, c’est aussi réussi visuellement.
L’art des Coen est bien là : le scénario est un fil ultra tendu qui tient le spectateur comme dans la plupart de leurs films. On pense à Kafka avec qui ils partagent une acuité à percevoir le poids furieux du destin et à le retranscrire dans une froideur précise. Les ennuis se succèdent implacablement comme dans ces fameuses lois des séries et l’humour, joyau de la tradition juive dans lequel ils viennent tranquillement s’inscrire, ne peut que s’imposer. Une Bar Mitsvah droguée, au milieu du film, restera dans les mémoires.
Nous sommes dans le cerveau du personnage et la tension est au-delà de celle que l’on a pu ressentir en voyant Fargo ou leur précédent film Burn after reading. Le choix de l’acteur, plus connu pour ses prestations théâtrales, est tout à fait pertinent. Son jeu millimétré se pose parfaitement sur l’histoire et éclaire le titre du film. Il voulait être un homme sérieux.
Le final est éblouissant, il suggère une tragédie que les réalisateurs ne filmeront pas. Délicieuse frustration.
- Arnaud Jamin
