Lebanon

janvier 27th, 2010  |  Published in CINEMA/FILM

Lebanon

De Samuel Maoz, sortie le 3 février

Un film coup de poing sur les premiers jours de la guerre du Liban en 1982 : Lebanon, de Samuel Maoz, est une immersion dans un tank israélien au coeur de la tragédie. À 48 ans, le réalisateur, qui avait auparavant travaillé dans la publicité, signe son premier film. Présenté au dernier festival de Venise, il en est reparti avec le Lion d’Or, ni plus ni moins.
Son film est basé sur sa propre histoire. Il explique dans le synopsis : « Je venais d’avoir 19 ans en mai 1982. La vie était belle. J’étais amoureux. Ensuite on m’a demandé de partir sur une base militaire et d’être le tireur du premier tank à traverser la frontière libanaise. Cela devait être une mission d’une journée toute simple mais ce fut une journée en enfer. »
Nous suivons avec lui et les trois autres soldats de la mission cette pérégrination particulière. Dès les premières minutes, on saisit le parti pris esthétique. La caméra ne va pas quitter l’intérieur sombre du tank. Saleté, odeurs, fumée, chaos du bruit et sang sont palpables. Grande force du cinéma que celle de convoquer le plus de sens possibles.
Les scènes de bataille et d’avancée sont filmées par la mire du canon.  La pulsion scopique qui naît est prodigieuse. Ce canon, cet oeil, suivent les attaques, les silences hésitants propres à la guerre. Et le « héros » est aux commandes, c’est lui qui est censé tirer. C’est justement la scène de la première tuerie qui est la clé du film. Comment prendre la décision de tuer, à quel moment cela se déclenche-t’il ? Les jeunes hommes sont tétanisés, c’est d‚une véracité puissante.
Le huis clos se poursuit vers un hôtel appelé « Saint Tropez », symbole facile mais évident du but chimérique de la guerre. C’est un de mes défauts de citer souvent des exemples littéraires en rapport avec le cinéma mais tant pis : j’ai vraiment pensé aux scènes de batailles que Stendhal évoque dans La Chartreuse de Parme. Samuel Maoz filme cette même absurdité du conflit. On est sonnés et abasourdis comme n’importe quel personnage ou être lancé sur le champ de bataille.
On lira beaucoup que ce tank est une métaphore de l’esprit même de Maoz, que c’est son Apocalypse Now intime ou encore que c’est une condamnation de tous les conflits passés et à venir. Pas du tout.
Lebanon est une plongée en apnée dans la tension d’un soldat novice, c’est à mes yeux inédit.

Arnaud Jamin

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