Mondkopf : Interview
janvier 23rd, 2010 | Published in MUSIQUE/MUSIC
Avec un nom qui glisse âprement sur la langue et un son qui enveloppe la tête dans l’ouate, Mondkopf, jeune toulousain de 22 ans émigré à Paris, nous fait valser au rythme de sons lourds et contrastés, semés de traces enfantines. Paul de son vrai nom, a commencé la musique à l’âge où d’autres en sont encore à compter leurs boutons. Biberonné à la technologie, Mondkopf ne se dépare pourtant pas d’une simplicité candide et du grand sourire qu’il arborera pendant toute la conversation.
Mondkopf, « Tête de lune » :
Ca vient d’un personnage que j’avais dessiné au lycée. On me disait que j’avais toujours la tête dans la lune et que je n’étais pas concentré. Finalement j’ai trouvé ce nom en allemand, je trouvais que ça sonnait bien et je l’ai gardé.
Musique :
Même si je n’ai pas trop envie de coller une étiquette, je dirais un mélange d’électronique avec de la techno et du hip-hop. Je fais de la musique électronique parce que je n’ai pas le choix : je ne sais jouer d’aucun instrument.
Influences :
Il y en a beaucoup mais je dirais que la musique en général m’influence. Je n’ai pas de style en particulier. J’ai commencé à écouter du hip-hop, après je suis parti vers l’électronica du label Warp et toute cette scène-là. J’écoute aussi beaucoup de folk, j’adore ça. Des musiciens comme Bill Callahan, Karen Dalton, Linda Perhacs, Vashti Bunyan… Beaucoup de voix féminines en fait…
La photographie et le cinéma m’inspirent énormément. D’ailleurs, je voulais faire des études de cinéma mais j’étais bien trop nul à l’école.
Je regarde beaucoup de films ; j’aime les images et ce qu’elles peuvent apporter comme émotions. Après… La vie de tous les jours ?
Le premier cd, que j’ai eu pour mon anniversaire, c’était E-type , un groupe suédois de dance avec une sorte de black métalleux qui rappait sur de la musique dance. Très bizarre.
Mais dans mes souvenirs, le premier cd que j’ai acheté moi-même, c’était Wu Tang Clan.
Tes morceaux sont semés de références à l’adolescence et à l’enfance. Cette nostalgie t’attire ?
Ca ne m’attire pas mais c’est quelque chose qui a toujours été là ; une époque d’innocence où on te disait que tu ne pouvais pas faire ce que tu voulais mais tu le faisais quand même sans que ça aie de répercussions graves. Et c’est vrai que sur cet album, j’ai voulu placer l’auditeur dans une bulle avec ces voix d’enfants qui rappellent des émotions que tout le monde connaît. Ca fait aussi mieux passer la musique ; on est plus attentif, on arrête de penser et on laisse venir les émotions d’un coup.
J’apprécie beaucoup l’ambivalence et les contrastes entre le côté noisy et la musique douce. J’aime que ça soit parfois plus violent, ça fait mieux ressortir les choses. Encore le contraste.
Comment as-tu réellement commencé la musique ?
J’ai simplement commencé avec des logiciels de musique bas de gamme sur ordinateur (ceux pour faire de la dance). Au fur et à mesure, j’ai commencé avec des logiciels plus perfectionnés. Je copiais ce que j’entendais, je refaisais de l’Aphex Twin et j’essayais de trouver mon style. Certaines personnes ont alors commencé à s’intéresser à moi et il y a quelques années, j’ai sorti un premier album sur Annexia records « Un été sur l’herbe ».
J’ai rencontré Guillaume (des Fluokids ndlr), mon manager, sur un forum. On était très « nerd », à fond dans les forums de musique. Il m’a présenté aux autres membres des Fluokids et ils ont commencé à diffuser mes morceaux. Quand Guillaume a monté son label (Fool House), j’ai sorti un maxi sur celui-ci. De là, j’ai eu plusieurs propositions et les choses se sont enchaînées.
Dernier achat musical :
Un album de Burzum, du black métal des années 90. Le type a brûlé des églises et maintenant il est en prison parce qu’il a tué son manager. C’est cool…ok en fait non.
Qu’est-ce qui t’a récemment touché artistiquement?
Je suis allé voir La Route et ça m’a beaucoup touché. J’en pleurais encore dans le métro d’ailleurs, c’était trop déprimant. Je ne sais pas vraiment dire si ce film est bon mais quoi qu’il en soit ça me touche, ce genre d’histoire entre père et fils, avec ce lien très fort.
En plus, c’est un film vraiment dur sur l’humanité et ce qu’on pourrait être après la fin du monde. Ils se mangent entre eux, c’est chaotique et puis tu as ce père et ce fils au milieu, qui s’aiment plus que tout. Ce père qui veut absolument que son fils vive alors que tout le monde autour se suicide parce qu’il n’y a plus rien à espérer.
« Libera me », c’est tatoué sur tes avant-bras, c’est aussi le titre de ton dernier EP. Pourquoi ?
C’est une partie du requiem de Gabriel Fauré, très peu utilisée, que j’ai souhaité m’approprier pour un titre.
Que ferais-tu si tu devais faire quelque chose de complètement différent, sans rapport avec la musique ?
Comme je l’ai dit, je voulais devenir réalisateur de cinéma mais maintenant je réalise que je n’aurais sûrement pas eu les épaules pour ça. En fait, puisque je ne pouvais pas faire d’études de cinéma, je voulais juste être projectionniste dans un cinéma. Ca n’est pas très ambitieux mais je me dis que si ça ne marche pas la musique, je ferais bien ça.
Projets :
Je travaille sur un nouvel album dont la démo est déjà faite mais je veux pouvoir rendre les choses un peu plus ambitieuses à mon niveau. J’aimerais trouver des musiciens qui puissent jouer des parties dessus et faire quelque chose de plus organique et travaillé.
J’ai réalisé les 11 morceaux en 3 mois, mais là j’aimerais prendre le temps de tout retravailler. Ca ne sonnera pas comme ce que j’ai déjà fait. Plus violent, plus sombre, plus lent, ça va peut-être en surprendre pas mal.
Album Galaxy of Nowhere ; EP Libera Me
(Asphalt Duchess Records)
- interview Emilie L., photo Yann Stofer