The Proposition

janvier 11th, 2010  |  Published in CINEMA/FILM

The Proposition

John Hillcoat
Western  sorti le 16 décembre 2009.

Tourné en 2005 par l’australien John Hillcoat, The Proposition est enfin présenté dans les salles françaises.
La récente médiatisation de son réalisateur à l’occasion de son dernier film, La Route (adaptation du célèbre roman de Cormac McCarthy) n’est certainement pas étrangère à cette sortie différée.
Depuis longtemps, l’idée de réaliser un western australien taraudait John Hillcoat.
C’est à Nick Cave, avec lequel il avait déjà collaboré sur son premier film (Ghost of The Civil Dead, 1988) qu’il proposa d’écrire le scénario de The Proposition. Pour Hillcoat, l’Australie était le paysage idéal d’un genre traditionnellement américain. La violence de son histoire, l’inhospitalité de ses terres permettaient de se réapproprier les codes du western, en y apposant une forte singularité qui jusque-là n’avait jamais été exploitée selon lui.
En cette fin du XIXe siècle, l’Empire Britannique, à travers ses représentants, s’est donné pour objectif de “civiliser” le territoire australien. La violence est quotidienne et le massacre des aborigènes coutumier. La Couronne victorienne est aussi en lutte contre certains de ses propres sujets. Ces hors-la-loi, communément appelés les bushrangers, sont souvent des forçats évadés, avec une forte proportion d’Irlandais. C’est à cette dernière catégorie qu’appartient le gang des frères Burns. Capturé avec son jeune frère Mike suite au massacre de la famille Hopkins, Charlie Burns se voit contraint de passer un marché avec le capitaine Stanley, représentant de l’autorité colonisatrice. Pour sauver Mike, Charlie devra tuer l’aîné du gang Burns, Arthur, l’homme-loup réfugié dans les montagnes.
Les bushrangers font partie du folklore australien. Ils ont alimenté les légendes comme ont pu le faire Billy The Kid ou Jesse James sur un autre continent.
Leurs histoires, fantasmées ou réelles, fournissent le matériel rêvé pour le genre westernien auquel est toujours associée une notion de mythe.
Avant même son apparition, Arthur Burns est évoqué comme une créature monstrueuse par les autres personnages. Les aborigènes interrogés prétendent qu’il n’est plus tout à fait humain tandis qu’autorité et chasseurs de primes le traquent comme le Graal. Mais le héros du western, dans tout ce qu’il a de plus classique, c’est bien sûr Charlie. Suite à la proposition du capitaine Stanley, il est tiraillé entre la loyauté pour son aîné et son amour du plus jeune. Comme viennent le souligner les murmures de Nick Cave, il erre dans une position qui reste à définir. L’ambiguïté est certes présente chez tous les personnages mais seul Charlie est mis face à un choix qui sous-tend la morale de l’histoire. Les  compositions de Nick Cave et Warren Ellis viennent renforcer le lyrisme et soutenir le rythme.
En contrepoint de l’aspect légendaire propre aux récits de western, John Hillcoat a tenu à rendre une forte impression de réalisme. La violence n’y est jamais sublimée, elle reste déconcertante et sordide. Le  réalisateur, aidé du français Benoît Delhomme à la photographie est parvenu à rendre la chaleur et l’aridité palpables. Un texte rédigé par Hillcoat et publié dans le numéro de décembre de la revue Positif explique que cette réalité exacerbée lui est apparue nécessaire afin de donner plus de poids au récit dramatique.
La critique de la colonisation est latente. L’exécution anecdotique d’aborigènes dénonce un massacre systématique. Les colons britanniques  semblent prétendre que ce pays est le leur en y important tout un monde parfaitement inadapté. L’intérieur chargé de la maison du capitaine Stanley et de sa femme Martha, leur jardinet devant l’entrée, les tenues de cette dernière sont la négation d’une situation pourtant flagrante : ils ne sont plus en Angleterre. Emily Watson joue Martha, cette femme désarmée face à la sauvagerie de cette nouvelle terre australienne. Elle ne comprend que trop tard la violence mise en jeu tant elle s’est efforcé de se distancier de la réalité.
Tous les acteurs livrent une partition admirable. On y croise Danny Huston en esprit maléfique, aussi violent qu’érudit, la poésie alcoolique de John Hurt en vieux chasseur de prime, le corps et la morale usés dans un dernier effort de Ray Winstone et la distinction mélancolique de Guy Pierce.
The Proposition, comme L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik, 2007) prend place à la fin de la légende, quand la lutte se termine par ce qui menaçait les personnages dès le commencement.

- Marie Eva Marcouyeux

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