Focus Creeps


FOCUS CREEPS

Une fois de temps en temps, la torpeur dans laquelle plonge les clips s’arrête, et on se retrouve avoir affaire à de véritables réalisateurs. Focus Creeps, duo formé par Aaron Lewis Brown et Ben Chappell, est de cette trempe. Les rêches et somptueuses vidéos qu’ils réalisent collent comme la soie aux artistes (Girls, Cass McCombs, Tamaryn, Bridez… ) qu’ils filment, révélant des formes insoupçonnées, sculptant l’imaginaire déclenché par la musique.
De ralentis charnels en films super 8 qui explosent de vie, Focus Creeps dessine les contours d’une oeuvre entière et crue, remplie de sens, et à la beauté cinétique émouvante. À la lecture du programme qu’ils nous donnent pour 2010, on comprend que leur oeil candide et leur imagination sans limites s’apprêtent encore à faire exploser toutes les barrières et à nous emmener une nouvelle fois, dans un voyage hors du temps. Nostalgique. Impudique. Réel.
Every now and then, the torpor in which music videos sink you suddenly stops, and you encounter real directors. Focus Creeps, the duet formed by Aaron Lewis Brown and Ben Chappell, is of this calibre. The harsh and lavish videos they direct stick like silk to the artists they film (Girls, Cass McCombs, Tamaryn, Bridez…), giving shape to the imaginary which the music conjures up.
From sensuous slow motions to super-eight films bursting with life, Focus Creeps outlines a whole and raw body of work, full of meaning, of a moving cinetic beauty. On reading the programme they give us for 2010, you understand that their ingenuous eyes and boundless imagination are about to explode all barriers again, and embark us once more onto a timeless journey. Nostalgic. Immodest. And real.

Interview. (Cliquez sur les images pour voir les vidéos, clic on the pictures to watch the videos)


Ben: I grew up in Davenport, IA. I currently live in Chicago, IL. We met at college in Chicago 5 or 6 years ago. I gave him software for his computer and then he came over and we watched a movie. We’ve talked on the phone every day since. Our strengths/weaknesses compliment each other as friends and co workers. We make videos together for fun, sometimes for fun and money.
J’ai grandi à Davenport (Iowa). J’habite maintenant à Chicago (Illinois). On s’est rencontrés à la fac à Chicago il y a 5 ou 6 ans. Je lui ai donné un logiciel pour son ordinateur et il est venu chez moi regarder un film. Depuis, on se parle tous les jours au téléphone. Nos forces et nos faiblesses se complètent aussi bien dans l’amitié que dans le travail. On fait des vidéos ensemble pour le fun, parfois aussi pour le fun et l’argent.
Aaron: I come from California and just returned, although this time to LA. The crazy people where I’m originally from up north, SF, are all on the ground, completely incapacitated, here they’re upright. The way we work, it kind of never ends until the scene is deserted. You can rarely write stuff as good as what happens naturally, you write scenarios but the location and the environment is always a little beyond your control and therefore where the best stuff emerges. The emphasis is on collaboration. Our instincts are to focus on the more emotional and nuanced elements of a song or a character, slowing down your experience of the song, encouraging you to see more sides to it than you may have before.
Je viens de Californie et j’y suis revenu il y a peu, mais à Los Angeles cette fois. D’où je viens, dans le nord, San Francisco, les gens sont tous par terre, fous, à la ramasse. Ici, les gens sont actifs, debout. Avec notre façon de travailler, on arrête de filmer quand il n’y a plus personne sur le plateau. Tu peux rarement écrire quelque chose d’aussi bon que ce qui se passe naturellement. Tu écris des scénarios mais l’endroit et l’environnement sont toujours un peu hors de contrôle et c’est de ça que le meilleur émerge. Nous mettons l’accent sur la collaboration. Notre parti pris est de nous concentrer sur les éléments les plus nuancés et émotionnels d’une chanson ou d’une personnalité, de ralentir votre connaissance de cette chanson afin d’encourager la vision de facettes que vous n’aviez pas encore vues auparavant.

- In which way does the name “Focus Creeps” relate to your work ? En quoi le nom “Focus Creeps” est-il représentatif de votre travail ?

Ben: we’re both open to–and responsible for–uncontrolled changes on a shoot… But I think we are both good at adapting and learn to embrace them as they happen… And I think it makes our work better for some reason. Technically, we’re both slow at focusing so our focus is forever creeping ;)
Nous sommes tous deux ouverts aux changements incontrôlés sur un tournage (et responsables de ceux-ci). Je pense aussi que nous nous adaptons très bien à ces derniers, et apprenons à les maîtriser quand ils arrivent… Et ça rend notre travail meilleur pour une raison ou une autre. Concrètement, nous mettons longtemps à nous concentrer, on peut dire que notre concentration est toujours en train de ramper ;)
Aaron: we’re aesthetic sensualists.
Nous sommes des esthètes de la sensualité.

INFLUENCES / INSPIRATION
Ben
: Aaron seen like every movie but I haven’t seen a lot. None of what we’ve done in music videos has come directly from movies. It’s mostly driven by the camera we have with us and what the band wants to do/or what we can get the people in the video to do. Oh yeah, Belly (directed by Hype Williams), that’s probably cumulatively our favorite movie.
Aaron voit tous les films alors que moi, j’en ai vu très peu. Rien de ce que nous n’avons produit dans les clips vidéo ne vient directement d’un film. C’est plutôt influencé par la caméra que nous avons avec nous et aussi par ce que le groupe veut faire ou ce que nous pouvons obtenir des gens que nous filmons. Ah oui, Belly (de Hype Williams) est probablement notre film préféré à tous les deux.
Aaron: Good photography, good characters, and a free way of storytelling, non-literary cinema : Altman, Peckinpah, John Huston, and the further back you get the more adventuresome cinema seems to be. Movies are really conservative now, there’s good ones of course, and we all know what they are, but for the most part a lot of filmmakers of our generation are kinda derivative in all the wrong ways.
Une belle photo, de bons personnages, une narration éclatée, un cinéma pas linéaire : Altman, Peckinpah, John Huston. Plus loin tu retournes en arrière, et plus le cinéma était aventureux. Les films sont très conservateurs actuellement. Il y en a bien sûr de très bons, et nous savons tous desquels il s’agit ; mais en général, beaucoup de réalisateurs de notre génération se laissent aller à la facilité.

- Can you recall a moment in your childhood that stroke your imagination ? Vous souvenez-vous d’un moment de votre enfance, qui ait marqué votre imagination ?
Ben: I played music all thru school and into college. I really enjoyed playing in symphony. That’s what I remember most.
J’ai joué de la musique du lycée à la fac et j’adorais jouer dans l’orchestre. C’est ce dont je me souviens le plus.
Aaron: Childhood is the greatest inspiration of all! Also mature religious figures and witch doctors but that doesn’t exist in the west… So childhood it is.
L’enfance est la plus grande des inspirations! Ainsi que les images religieuses anciennes et les sorciers, mais ça, ça n’existe pas dans l’ouest… Donc on va dire l’enfance.

- Where do you seek for inspiration ? Où cherchez-vous l’inspiration ?
Ben
: In our friends, sometimes in drugs and mostly in love.
Chez nos amis, parfois dans la drogue et souvent dans l’amour.
Aaron
: characters, friends, and collaborators. Yeah, basically people.
Des personnalités, des amis et collaborateurs. Les gens quoi.



WORK / TRAVAIL
- How do you decide the technical aspect for each video ? Comment vous décidez-vous sur l’aspect technique de chaque vidéo ?

Ben: we’re both good acquiring gear from strange sources. We have a radar for it. I was able to come out to San Francisco last december with a RED camera and a few really amazing cinema lenses. We shot 3 videos in 3 days never sleeping. Tamaryn, Girls and Bridez were all shot in 36hrs and then I flew home to return the camera. 3 months later, I had a commercial shoot in LA and was able to go to San Francisco for a weekend and we picked up Karen Black and Cass and drove up to Aaron’s mom’s house in Sonoma, CA. On Saturday we shot Executioner’s Song, Sunday we shot Dreams Come True Girl, and Monday shot the commercial. This summer my work bought a really nice super8 camera so we did Girls’ Lust for Life and the Los Campesinos! on that camera. Last week we were loaned a 60s Black and White Tube Camera so you’ll probably be seeing that soon.
Nous sommes tous les deux très bons quand il s’agit d’acquérir du matériel de manière étrange. On a un radar pour ça. En décembre dernier, j’ai pu aller à San Francisco avec une caméra RED et quelques lentilles de caméra de cinéma complètement hallucinantes. On a filmé 3 vidéos en 3 jours, sans dormir. Les vidéos de Tamaryn, Girls et Bridez ont toutes été tournées en 36 heures et je suis ensuite rentré chez moi en avion pour rendre la caméra. 3 mois plus tard, j’avais un tournage commercial à Los Angeles et je suis retourné à San Francisco pour le weekend. Je suis passé chercher Karen Black et Cass (Mc Combs- ndlr) et on a roulé jusque chez la mère d’Aaron à Sonoma, (Californie). Le samedi, on a réalisé Executioner’s Song, le dimanche, Dreams Come True Girl et le lundi, on a tourné la publicité. Cet été, mon boulot a acheté cette caméra super8 géniale et on a fait la vidéo de Girls Lust For Life et celle de Los Campesinos! avec celle-ci. La semaine dernière, on nous a prêté une caméra tube noir et blanc des années 60, donc vous verrez probablement ça très prochainement.

Aaron: It’s how people write ballads and punk songs on the same record. Contrast is always the greatest compliment. Plus, anything cinematic is so technical, as much as you try to prevent it from appearing that way, so you really are your medium, and your medium’s gotta be beautiful.
C’est comme ceux qui écrivent des balades et des chansons punk sur un même album. Le contraste est toujours la meilleure combinaison. De plus, tout ce qui est cinématographique est très technique, même si tu essayes que ça transparaisse le moins possible. En fait tu es vraiment ton propre medium et ton medium doit être beau.


- Your work is almost visually and technically reaching perfection, yet it seems like it’s always balanced with some raw teenage naivety and violence. Made on purpose or unintended nostalgia ? Votre travail a une perfection technique et graphique contrebalancée par une violence et une naïveté crue et adolescente. C’est intentionnel ou apparenté à de la nostalgie ?
Ben: its all very purposeful but acquired in a raw way. We work with a really great editor too, Matt Egan, good photography and direction only goes so far. He’s really helped us create the flow of a lot of the more recent videos.
Tout est intentionnel, mais obtenu de façon brute, inconsciente. On travaille avec un excellent monteur, Matt Egan, car une belle image et une belle réalisation, ça ne fait pas l’intégralité de l’oeuvre. Il nous a vraiment beaucoup aidé à créer la fluidité qu’il y a dans nos plus récentes vidéos.
Aaron: There’s soul in error. Technology has surpassed the boundaries of our senses so you have to ground it with human qualities, like in music, or a drip in a painting, or grain in a photo. Why do you think everybody’s obsessed with painting from the 50s, photos from the 60s and music from the 70s ? There’s a reason, I think that’s when the technology of those mediums advanced to a point where they were in sync with the intentions of the human soul.
Il y a une âme dans l’erreur. La technologie a dépassé les limites de nos sens, alors il faut la freiner avec les qualités humaines ; comme avec la musique, ou la matière de la peinture ou le grain de la photo. Pourquoi pensez-vous que tout le monde est obsédé avec la peinture des années 50, la photo des années 60, la musique des années 70 ? Il y a une raison, je pense que c’est le moment où la technologie de chacun de ces medium a progressé jusqu’à être parfaitement synchrone avec l’intention de l’âme humaine


- Could you describe a “typical day at work” together ? À quoi ressemble l’une de vos journée de travail ?
Ben: we’re generally neither at home… So we’ll wake up on someone’s floor near each other. Then we meet whoever we are meeting at the location and start figuring out what to shoot. Call more people, get props or cast or whatever, start shooting, then sunset at golden hour til it gets too dark, loosen up, buy drinks for the people we’re shooting, then shoot all night. Shoot the sunrise. Make sure the camera is safe and backup footage early. Sleep anywhere.
En général nous ne sommes pas chez nous… Alors on se réveille par terre, chez quelqu’un, l’un à côté de l’autre. Ensuite on retrouve l’équipe sur le lieu de tournage et on commence la préparation. Appeler plus de gens, trouver des accessoires, des figurants, ou autre, commencer à tourner, ensuite c’est le coucher du soleil, filmer jusqu’à ce qu’il fasse trop sombre, décompresser, payer des coups au gens que l’on filme, puis se remettre au tournage toute la nuit. Filmer l’aube. Ranger la caméra, vérifier qu’elle est en sûreté, et sauvegarder les prises. Dormir n’importe où.
Aaron: punk rock.

MUSIC/ MUSIQUE
- You have recurrent works with Girls and Cass McCombs, do you feel like these collaborations are making your work evolve ? Vous travaillez régulièrement avec Girls et Cass McCombs, est-ce que ces collaborations font évoluer votre travail ?

Ben: Girls and Cass are some of our closest friends so the collaboration evolves as our friendships evolve.
Girls et Cass sont nos amis les plus proches, alors la collaboration évolue en même temps que notre amitié.
Aaron: I’ll do everything and more to work with each of them till the end.
Je ferais tout et plus encore pour travailler avec chacun d’entre eux jusqu’au bout.

- Do you currently have any project with a band going on ? Which bands would you like to work with ? Quelle est votre actualité ? Avec quels groupes aimeriez-vous travailler ?
Ben
: we’re currently working with more True Panther and Matador bands that are just in pre production… We’ll be shooting those in the new year. And we’re about to shoot a video for Smith Westerns and Salem. We’d like to continue working with the bands that we have worked with and are totally open to new projects.
Actuellement on travaille avec beaucoup de groupes de chez True Panther et Matador qui sont encore en pré-production… On les filmera l’an prochain. Et là nous allons tourner une vidéo pour Smith Westerns et Salem. Et on aimerait continuer à travailler avec les groupes avec lesquels on a déjà tourné, et qui sont ouverts à de nouveaux projets.
Aaron: mostly bands that don’t have any money, so it’s tough to arrange, there’s so many good bands. I want to do something with Pete Kember aka Sonic Boom, as far as music goes. I like a lot of California bands and there’s a bunch of good bands from Memphis. I’d like to make a rap video.
Pour la majorité avec des groupes qui n’ont pas d’argent, alors c’est pas évident à organiser, il y a tant de bons groupes. J’aimerais faire quelque chose avec Pete Kember aka Sonic Boom, musicalement. J’aime un tas de groupes californiens, et il y a aussi un tas de bons groupes à Memphis. J’aimerais faire une vidéo rap.


- Would you agree on working on something really different and that would not be your type at all or do you try to stick to projects you believe in ? Pourriez-vous travailler sur des projets qui ne sont à priori pas votre genre ?
Ben: Absolutely. We’ll try anything, at least once.
Absolument, on essaiera tout au moins une fois.
Aaron: I work on all kinds of stuff. You’d be surprised with some ingenuity you can make nearly anything good. Editing is sorcery.
Je travaille sur toute sorte de choses. Vous seriez surpris de tout ce qu’on peut rendre  bon en restant ingénu. Le montage c’est de la sorcellerie.
– Do you have a cinema willing ? Avez-vous envie de cinéma ?
Aaron: Cass McCombs and I wrote a modern-day-mythological musical (The Pretender) that we’re working on with Vice Films. I just also finished directing a documentary on lo-fi, DIY, garage rock music across the country for them as well, was amazing.
Cass McCombs et moi avons écrit une sorte de comédie musicale moderne (The Pretender), sur laquelle nous travaillons avec Vice Films. Et je viens juste de terminer la réalisation d’un documentaire à travers le pays (aussi pour Vice Films) sur la musique lo-fi, DIY, garage rock ; c’était incroyable.



2010

- What’s coming up next for Focus Creeps ? Quels sont vos projets ?

Ben: Commercials (to pay for more music videos). $$$$$$ We’re poor. We’ll still be doing videos forever, they’re inescapable and so fun to make!
Des pubs (pour payer plus de tournages de clips). $$$$$$ On est pauvres. On fera toujours des vidéos, c’est inévitable et c’est tellement drôle à faire !
Aaron: Cold Cave. Smith Westerns. Salem. The Morning Benders. Swanton Bombs. Jay Reatard at Devilla 666′s house. … Hopefully.
Cold Cave. Smith Westerns. Salem. The Morning Benders. Swanton Bombs. Jay Reatard à Devilla 666′s house. … J’espère.

- Interview Geraldine Ancri & Emilie Lauriola, traduction David Nichols & Constance Bantman,
photos © Focus Creeps, sauf photo 1/ except first picture © Sandy Kim

Responses

  1. Foundation Flaunts Their Focus Creeps « Foundation’s Weblog says:

    décembre 15th, 2009at 2:42(#)

    [...] with the band “Girls” and folk artist Cass McCombs.  They were just interviewed by Wow Magazine and had a lot to say about film, their creative process and their [...]

  2. Press – Ben Poster says:

    septembre 6th, 2011at 12:08(#)

    [...] Focus Creeps Interview in Wow Magazine, France [...]

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