Coppola : Tetro
décembre 21st, 2009 | Published in CINEMA
Tetro
Drame de Francis Ford Coppola, sortie le 23 décembre
Un nouveau film du maître américain Francis Ford Coppola est un évènement en soi.
Tetro, présenté en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs au dernier Festival de Cannes et tourné en noir et blanc, constitue un objet esthétique à regarder de près.
Un homme est en exil volontaire en Argentine depuis dix ans, lorsque son jeune frère lui rend visite.
Entre les deux personnages, interprétés par Vincent Gallo (Tetro) et Alden Ehrenreich (le jeune frère), des années de séparation et la figure tutélaire d’un père ultra-puissant, grand chef d’orchestre. Question centrale du film et qui s’impose très vite : est-il possible qu’une même famille puisse être à l’origine de deux génies ?
Car Tetro est parti vivre loin pour écrire. Mais dans le même temps il refuse l’idée d’aboutir à une œuvre visible. Son existence tend à démontrer qu’elle peut se détacher de toute œuvre d’art. Qu’elle est libre de toute volonté artistique. En un mot qu’elle a dépassé cette envie qui paraît tout à coup superflue.
Prouesse géniale et rare, que la vie d’un Arthur Rimbaud par exemple a mise en lumière.
Attention donc, on peut aller très loin avec le sujet d’un écrivain qui n’écrit pas, thème bien connu du cinéma. Un texte sombre, partiel et torturé de Tetro est retrouvé par son frère qui y entre tête baissée pour essayer de donner un sens à son existence et à ces années de silence et d’abandon. Le passé secret de la famille est le centre de l’intrigue. Pourquoi est-il parti ? Impossible d’en dire plus sans dévoiler le centre du film.
Très belles scènes de tête à tête où le ton monte entre les deux acteurs. Ehrenreich est à la hauteur de la puissance de Gallo. Son visage, son allure et sa fougue feront dire à raison à plus d’un : « Sors de ce corps Leonardo Di Caprio».
Coppola prend visiblement toujours un grand plaisir à filmer, lui qui est aussi (tiens donc) dégagé des obligations de résultats car sa réussite dans le commerce va au delà du cinéma. Chaque plan est appliqué, pensé, on est dans le cinéma classique. Le réalisateur est en totale liberté dans ce film sur la transmission qui, bien évidemment, renvoie vers l’œuvre de sa fille Sofia ; même si personne n’osera en parler par crainte d’entrer dans un cliché pourtant évident. C’est en partie ce qui fait que le film n’emporte pas l’enthousiasme : il y a une grande évidence dans le propos. On en arrive même à écrire, même si on s’est souvent juré au moment de faire une critique de ne pas en arriver là, que l’on ne peut s’empêcher d’attendre mieux du réalisateur d’Apocalypse Now. Pas possible de faire autrement. On a aussi envie de croire que le personnage de Tetro est un grand écrivain, mais on n’en a aucune preuve.
Un film n’est pas un livre me répondra-t-on peut-être.
Arnaud Jamin
