Persecution

décembre 13th, 2009  |  Published in CINEMA/FILM

Persécution

Un film de Patrice Chéreau,
sorti le 09 Décembre.

Un premier plan ancré dans le réalisme exacerbé et la violence ordinaire et le personnage de Daniel (Romain Duris) est vite défini. Courant après une jeune femme giflée dans le métro par une clocharde, il ne la lâchera qu’à contrecoeur, quand elle réussira à s’enfuir au-dehors. En quelques mots, Daniel, c’est quelqu’un qui pense savoir mieux que quiconque comment chacun doit mener sa vie et ne manque pas de le faire savoir. Il pèche par excès d’altruisme pourrait-on dire.
Commencer un film par une scène dans le métro parisien, ça ne peut pas être anodin. Patrice Chéreau place ses personnages sous la lumière blafarde d’une réalité crue, remplie de drames quotidiens. On nous prévient, Persécution n’ira pas se bercer du côté de la complaisance.
Donc Daniel, c’est cet homme, tout en fébrilité, qui vit de chantiers au noir dans des appartements le plus souvent désaffectés et de visites hebdomadaires dans une maison de retraite. Daniel a quelques amis, ceux qui ont trouvé grâce à ses yeux, comme Thomas (Alex Decas) et ceux qui sont encore à l’état de “missions” (Michel, interprété par Gilles Cohen) et que Daniel s’évertue à guider, à sa manière. Daniel aime Sonia (Charlotte Gainsbourg), ou du moins il le croit quand il ne fait qu’exiger d’elle des preuves de son amour, au risque de la pousser à bout. Mais voilà qu’un fou (Jean-Hugues Anglade) surgit dans sa vie, le suit, s’introduit chez lui, se met à le persécuter d’un amour irrationnel.
Ce rapport entre persécuteur et persécuté est flagrant pour le spectateur mais le personnage de Daniel y reste aveugle. Le fou n’est finalement rien de plus que l’incarnation de la tyrannie de son entourage sur Daniel, tyrannie qu’il s’inflige en réalité lui-même en s’impliquant systématiquement dans la vie des autres. Il fait partie de Daniel et c’est pourquoi il est le seul à qui ce dernier se confie.
Le couple formé par Sonia et Daniel ne fonctionne qu’à distance. Ensemble,  leurs échanges sont surtout durs et pénibles. Pourtant Sonia garde une certaine lucidité sur sa capacité à endurer une telle pression. Elle le dira “on a le droit d’en avoir marre des autres”.
Il y a une violence folle dans les rapports entre ces personnages, qui s’empoisonnent les uns les autres. Patrice Chéreau a dit s’être inspiré de propre vie pour écrire le scénario (en collaboration avec Anne-Louise Trividic). Il garde pourtant ce regard froid, sans condescendance, sur des êtres si égoïstes qu’ils n’aiment que pour eux.

- Marie Eva Marcouyeux

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