Cinéma : L’idiot


L’idiot, Pierre Léon
Initialement, le projet de Pierre Léon, était d’adapter l’ensemble du récit de Dostoïevski. Contraint de revoir ses ambitions à la baisse, c’est seulement une courte partie du roman (40 pages à la fin de la première partie) que le réalisateur porte à l’écran. Un mal pour un bien, serait-on tenté de penser, puisque cette fragmentation forcée lui évite les écueils de l’adaptation fleuve, souvent tentée, rarement réussie.
Totalement autoproduit, le film, très fidèle au texte, mise sur une austérité en accord avec l’univers de Dostoïevski. Filmé en noir et blanc (au format vidéo), ce huit clos  flirte avec la théâtralité et privilégie un cadre fixe et resserré sur les visages des personnages, rigidité qui tend à s’assouplir au fur et à mesure que l’histoire progresse.
L’action est concentrée sur le personnage de Nastassia Philippovna (Jeanne Balibar), femme entretenue profitant de sa soirée d’anniversaire pour se jouer de ses courtisans qui croyaient la marchander et choisir une forme de liberté s’apparentant au sacrifice. Jeanne Balibar excelle dans le rôle de cette créature perdue et désavouée, en proie au cynisme dont l’orgueil lui permet malgré tout de conserver le pouvoir de choisir.
Le choix de la langue française, le doux noir et blanc permettent de nuancer la violence des propos de Dostoïevski, de même que les intermèdes musicaux (en particulier les mélodies composées et jouées par Benjamin Esdraffo) apaisent et recentrent le récit sans que le propos perde pour autant en clarté et en signification.
À noter : Pierre Léon met lui-même en ligne une partie de ses films sur le site dailymotion.

- Marie Eva Marcouyeux

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