Drôle d’endroit pour une rencontre… avec Marc Le Bihan
avril 16th, 2008 | Published in MODE/FASHION | 11 CommentsMarc est une énigme, Marc se fait rare.
Marc Le Bihan est pourtant membre invité de la Haute-Couture.
Des années que je le suis de loin et qu’il m’échappe. Amoureuse du déstructuré, du noir et des influences belges, cela faisait longtemps que je voulais en savoir plus sur Marc Le Bihan.
Alors quand Wow reçoit un mail nous informant que Marc Le Bihan collabore à une nouvelle ligne, Korda*, j’ai sauté sur l’opportunité de l’interviewer, mais quel drôle d’endroit pour une rencontre !
Nous avons rendez-vous dans le 18ème arrondissement de Paris, où Marc fait le shooting du catalogue de sa propre collection.
Pourquoi “nous” ? Parce que j’emmène ma copine Garance, oui the One, Golden Garance, pour qu’elle prête à WOW son talent de photographe.
Garance a sorti ses talons, moi mon léger cuir.
Quelle bonne idée… pour se retrouver au dernier étage d’un parking délabré et glacial, mais parfait environnement pour le shooting.

© Photo Garance Doré
Heureusement, l’équipe nous accueille avec du thé bien chaud.
Marc, super disponible, se prête souriant et fumant, au jeu de l’interview.
Mimétisme, je souris, je fume, et le questionne.
Marc, explique-moi ce que sont tes lignes : haute couture, prêt-à-porter ? Et dois-je désespérer de trouver tes créations à Paris ?
J’ai deux lignes : une collection plus prêt-à-porter, et l’autre dans un esprit couture, mais elle est très peu produite, c’est avant tout du sur-mesure.
En France, il y a peu de points de vente, essentiellement à Lille et à Marseille. Sinon, il faut partir en Italie, au Japon, en Allemagne…
Quel est ton parcours ?
Initialement, j’ai une formation textile. J’ai commencé à 15 ans à la Manufacture des Gobelins à Paris, où j’ai travaillé 7 ans pour faire de la restauration textile.
Parallèlement à ça, j’ai une formation en dessin et histoire de l’art. L’histoire de l’art m’a amené à réfléchir, à lire pas mal, et voir beaucoup d’expositions. Du coup je me suis intéressé à ce qu’était un corps et chercher un support qui soit proche du corps. Je n’avais pas du tout pensé à aller dans la mode. Je cherchais un métier manuel, et proche du textile et de la création. Cela m’a amené vers les Arts Déco. Puis, je suis passé quelques mois à la St Martin à Londres.
De style, je me sens très proche de l’école Belge. J’ai fait ma première collection en 91.
Comment te caractérises-tu en tant que créatif ?
Ce qui m’intéresse plus que la mode, c’est la constitution d’une garde-robe, au fur et à mesure du temps.
Dans mes collections, on va retrouver des modèles vus il y a 10 ans en même temps que des choses nouvelles. C’est plus un processus, une réflexion sur le vêtement qu’une création de collection.
Tu as une couleur récurrente ?
Oui, l’absence de couleur ! Uniquement des couleurs assez neutres, car je n’aime pas beaucoup la couleur dans le vêtement.
Quel est le mot qui revient le plus sur tes créations ?
On parle d’un mélange de quelque chose d’assez rock et de romantique, ce que je trouve complémentaire et opposé à la fois.
© Photo Garance Doré
Quels sont tes créateurs de référence, ceux qui t’inspirent ?
Forcément toute l’école belge. Quand j’ai commencé, ils étaient déjà là. Et aussi, les japonais qui ont apporté beaucoup.
Qu’est-ce qui t’a fait démarrer ?
J’étais aux Arts Déco, et là j’ai préparé le concours de Hyères. J’ai été sélectionné, et en fait, j’ai eu un prix* ! Une partie du prix à l’époque était un stand au salon du Prêt-à-porter féminin. De là j’ai touché mes premiers clients.
Tu es très présent en Italie. C’est comme ça que tu as rencontré Vittorio Venafra* pour la ligne « Korda di Marc Le Bihan » ?
Ca s’est passé de façon très différente, c’est via Daniela, la fille de Vittorio, avec qui je travaille sur cette collection. Elle travaillait dans la mode, et avait vu des pièces à Londres, et elle me disait « à chaque fois que je voyais une pièce qui me plaisait, je retirais ton nom . Je me suis dit, c’est un signe, il faut que je l’appelle ».
Elle a mis 6 mois avant de trouver mon numéro de téléphone. On s’est rencontré, et on a parlé de la façon dont on appréhendait le monde de la mode et aussi ce métier.
Moi lui disant, que je ne me sentais pas dans ce monde, cette idée de mode ne m’appartient pas. Ce n’est pas que volontaire. C’est une histoire de système, un magazine ne vit que par la pub, il reste 1% pour parler des gens qu’on aime bien, des nouveaux.
C’est la réalité du système. Tant qu’on est nouveau, ça va. Les 4 premières années, on arrive à faire des choses. Ensuite, même les journalistes qui le voudraient n’ont pas la possibilité de le faire.
Ce qui veut dire que, au niveau commercial, il y a des boutiques qui ont besoin de la publicité d’un créateur dans les magazines, pour acheter la collection. C’est une espèce de cercle vicieux.
Les boutiques-phares sont bloquées pour des histoires de budget, donc il faut trouver des gens qui comprennent l’histoire et sont capables de la suivre. Il faut juste savoir trouver sa place.
Tu as une femme idéale que tu souhaites habiller ?
La femme idéale est celle qui comprend.
Si on me dit dans une boutique, la clientèle c’est celle de 20 à 75 ans, je suis très content. Bon après il y a la notion du pouvoir d’achat bien sûr…
Ce qui m’intéresse vraiment, plus que l’idée du corps, c’est l’idée de l’être humain. Mon processus de création est presque plus littéraire. Quand je montre à un vrai commercial, ce que je considère comme « commercial » dans ma collection, il me regarde « ah bon ??! ».
Le pays qui marche le mieux ?
Japon et Italie, les italiens comprennent bien. Mais la rue est tellement différente en Italie, on sent que les gens s’habillent même pour aller faire les courses, et quand on sort le soir on se change. Il y a vraiment un effort de fait, c’est impressionnant, une extrême attention.
Un pays que tu aimes particulièrement ?
Le Japon. Forcément, c’est un pays qui m’inspire. A la fois, très fort en tradition, très moderne. Je me souviens d’une femme en kimono qui attend le train. C’est presque une image d’Épinal, mais c’est ça le Japon. Une espèce de supra modernité, et des traditions très présentes.
Tu sors à Paris ?
Pas le temps. Je sortais beaucoup étudiant, mais je ne sors plus !
La musique t’inspire ?
Oui, beaucoup ! J’aime bien PJ Harvey, Cat Power, des gens comme ça. Il y a des vieux que j’aime beaucoup qui ont disparu, Joy Division. Et oui, Patti Smith.
Tu as un rêve de création ?
Une vraie jolie robe, toute simple, une petite robe noire indémodable qu’on peut porter toute sa vie.
Un truc à éviter absolument ?
Le total look bien sûr, c’est la caricature. Pourtant, je considère qu’à partir du moment où les vêtements sont montrés ensuite dans les boutiques, ce n’est plus à moi. Je pense à une copine qui, un jour, va dans une boutique, et la vendeuse lui dit : « c’est pas du tout comme ça que le créateur l’a imaginé !». Alors elle a reposé la pièce. Parce que c’est stupide. Ça, c’est la vrai faute de goût : vouloir imposer.
© Photo Garance Doré
Tu te sens prêt à faire des compromis ?
Non. Là, j’ai accepté cette collection pour Korda, car d’une part j’ai totalement confiance en Daniela et son père Vittorio, et parce que j’avais carte blanche aussi. On ne m’a pas demandé de faire quelque chose de différent. Forcément, les contraintes, c’est moi qui me les suit imposées, comme faire une collection plus commerciale. L’idée, ce n’est pas de répéter ce que je fais déjà. C’est un peu le défi.
Ce sera fabriqué de façon plus industrielle, mais en gardant une main artisanale. Korda est produit en Italie.
Et ta ligne est produite où?
Tout est fabriqué en France et même à Paris, une grosse partie à l’atelier, et on travaille avec des petits ateliers autour de Paris.
Toute la collection est très artisanale, c’est une façon de contrôler, une façon de savoir avec qui on travaille, dans quelles conditions ces gens là travaillent, combien ils sont payés. Je connais la qualité, comment c’est fabriqué. Ce sont vraiment des belles matières.
Du coté commercial, c’est quelque chose qu’il faut défendre et dont il faut parler.
Oui, il a raison, il faut parler de tout ça, il faut mettre la création à l’honneur, mais aussi le savoir-faire, l’intégrité, et le talent. Marc, c’est tout ça. Maintenant je sais que non seulement j’aime les créations de Marc, mais qu’en plus c’est un puriste, un artiste, un type vraiment bien !
Alors pendant que le shooting se poursuit dans ce drôle d’endroit, je m’extasie sur ses pièces, mélange de neuf et d’ancien : un pull militaire des années 50 revu en gilet, du faux vison teint et bouilli, du satin viscose dévoré, des écossais qui viennent d’Écosse, des broderie de perles vintage, et de pures créations…

© Photos Cécile Guyenne
* Marc a gagné le concours de Hyères ex-aequo avec Viktor&Rolf !
* Korda di Marc Le Bihan est une ligne de prêt-à-porter de luxe, fruit de la rencontre de Marc Le Bihan, fashion designer français membre invité de la Haute Couture et Vittorio Venafra, un homme amoureux de la mode, sans cesse à la recherche de nouveaux talents. La collection Automne-Hiver 2008-09 sera mise en boutique à partir de Juillet 2008.

Material Girl (texte) & Garance Doré (photos)



avril 17th, 2008at 17:18(#)
Bravo les filles, une belle interview pour un poète aux doigts d’or !
avril 18th, 2008at 7:31(#)
[...] Marc Le Bihan, c’est très Marion : une palette neutre, des déstructurés et des influences belges, comme elle le dit très bien dans sa chouette interview. [...]
avril 18th, 2008at 8:50(#)
Très belle interview. On sent l’univers, bravo Garance pour les photos.
J’aimerais parler du magazine sur le blog de NO KIDDING si cela ne vous pose pas de problèmes? Et puis-je utiliser ces belles photos? merci! :-)
avril 18th, 2008at 9:30(#)
Merci les filles, d’abord les premières photos chez Garance et la suite ici avec cette passionnante interview. J’aime beaucoup ce qui se dégage de ses créations et je comprends mieux en lisant ton interview. Alors oui, il faut parler de cette créativité qui ne peut trouver place dans les magazines qui n’ont plus de liberté éditoriale. Et please, est-ce que tu peux me dire qui fait ses bottes, je les adore. Je vais demander à Garance si je peux mettre sa photo sur mon site, avec lien sur ton interview.
avril 18th, 2008at 17:22(#)
Superbe boulot, les filles.
avril 18th, 2008at 18:02(#)
HEY, MARC! Si tu lis ca, c’ est la grande Vero! Gros bisous.
V.
avril 19th, 2008at 14:58(#)
Cat : Merci!! et tu le dis si bien : aux doigts d’or!!
Ma Garance: Pfff, t’as fait du bo boulot ma grande! C’est tout bonheur de bosser avec toi…
Miss Glitzy : Oui, j evais tenter d’interviewer et de présenter un vrai monde de création, c’est ça que j’aime et qui m’importe!! Les bottes, ouiii, je me renseigne!
Frifri : Merci ma brunette!!
Véro : Ah, une connaissance?! J’espère quil va le lire….
avril 20th, 2008at 6:00(#)
Tres belle decouverte que WOW…superbes photos de garance, et bonne article sur Marc Le Bihan…dommage que l’on entende pas plus parler de lui en france…et j’ai bien aime le fait qu’il souligne le systeme des magazines de mode. je suis tellement d’accord avec lui! pas etonnant qu’on entende tjrs parler des memes….c rasant tout de meme. et je sais de quoi je parle. Merci!
avril 22nd, 2008at 16:26(#)
Très intéressant et très beau blog.
mai 5th, 2008at 20:51(#)
Marie et Fubiz, merci à vous 2, j’ai tellement aimé faire cet interview. De vos comments, j’en ai profité poiur faire un tour sur vos blogs, et hop, dans ma netvibes!
mai 12th, 2008at 14:47(#)
merci les filles pour votre travail;juste des grosses bisesa la grande vero, c’est presque un nom de scene, mais non.! si tu as toujours mon portable jc’est toujours le meme rebises a toutes et bonne resistance.
marc